(TAL102) Pheek

Cela fait maintenant une quinzaine d’années que Jean-Patrice Rémillard, alias Pheek, réinvente la techno dans son studio de Montréal. Cet artiste hors du commun cultive depuis toujours une approche mathématique et savante de la musique électronique, accordant une place très importante aux concepts qu’il applique aussi bien à ses propres productions qu’à son fameux label Archipel Musique. En véritable architecte du son, adepte de sonorités organiques et d’une esthétique minimaliste, Pheek travaille les textures et sculpte les ambiances avec une précision déroutante et un perfectionnisme acharné. Il nous semblait donc indispensable d’interroger ce personnage sur sa musique et sa philosophie, en résulte l’interview suivante qui accompagne le mix exceptionnel que Pheek a réalisé pour nous.

- English Version -

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Tu es réputé pour être un homme de concepts, quel est celui que tu avais à l’esprit en réalisant ce podcast ?
C’est exact, j’accorde une grande importance aux concepts car ils me servent à amener mes créations à un niveau inattendu et totalement imprévu à la base. En musique il y a un risque permanent de tomber dans la routine et dans une sorte de stagnation, c’est ce que tout musicien doit absolument éviter…C’est pourquoi j’ai pris l’habitude de noter mes idées de composition musicale, je me sers de ces notes comme d’une toile de fond. Par exemple, le label Archipel Soundtracks est purement consacré à des concepts qui sont proposés aux artistes pour les aider à sortir de leur zone de confort. Pour ce qui est du podcast, je me suis avant tout concentré sur deux idées, le storytelling et le fait de travailler avec des morceaux unreleased qui m’ont été envoyés en promo. J’ai voulu créer une ambiance mystique et mystérieuse avec un côté très hypnotique qui se développe tout au long du mix en jouant sur les tensions, c’est un très bon moyen de captiver l’auditeur pour qu’il ne relâche jamais son attention.

Quelle place laisses-tu à l’improvisation durant tes sessions en studio ?
J’ai fait une formation théâtrale durant laquelle j’ai étudié et pratiqué l’expérimentation pendant des années avant de me consacrer sérieusement à la musique, l’improvisation y tenait bien sûr une place très importante. J’ai une approche similaire en composition, aucun filtre, simplement des idées brutes que je choisis de garder ou non en les analysant. Les morceaux ou les lives que je compose doivent forcément résulter d’une session préalable d’expérimentation et de test…Au final je dirais que 90% de ma musique est de l’improvisation pure, arrangée et peaufinée évidemment.

Je trouve que ton son et ton esthétique ont beaucoup en commun avec la scène électronique roumaine,  qui gagne en popularité à une vitesse incroyable depuis quelque temps…
Difficile de cacher mon engouement pour la scène roumaine! Je trouve que c’est ce qui est arrivé de plus excitant à la techno depuis le début des années 2000, à l’époque où beaucoup de nouvelle musique de qualité venait de Berlin et Montréal. C’est génial de voir que ce mouvement se poursuit en Roumanie, Berlin est un peu sortie de sa ligne directrice des années 90 car beaucoup d’artistes ont déménagé là-bas, ce qui fait que beaucoup de styles différents y sont désormais composés…Ce n’est pas nécessairement une mauvaise chose, mais le côté groupe et « cercle fermé » a un peu disparu. Je trouve la techno roumaine exceptionnelle car elle a une esthétique très particulière, beaucoup influencée par les productions plus deep de Villalobos. Ca ne peut être qu’une très bonne chose, et je ne comprends pas pourquoi cette scène ne s’est pas développée plus tôt, en tout cas elle fait vraiment plaisir!

Comment procèdes-tu pour créer les textures et les éléments qui rendent ton son si organique, est-ce que le sampling te sert beaucoup pour cela ?
Ce qui rend la musique organique n’est pas qu’un simple processus ou une technique, c’est un ensemble d’idées qui sont mises en corrélation, un mélange d’effets, de techniques d’arrangement et de modélisation. Pour citer le chef Gordon Ramsay: « pour cuisiner de la bonne nourriture, il faut d’abord y goûter. » C’est pareil en musique, si tu recherches une esthétique particulière tu dois d’abord t’abreuver du style musical qui t’intéresse pour avoir une référence, afin d’obtenir plus facilement le son qui t’intéresse. Vient ensuite la sélection des sons qui doivent être suffisamment travaillés pour donner l’illusion d’être réels…La musique organique en club a toujours un effet très puissant sur le public.

La répétition a toujours été un élément clé de ton travail, d’après toi quel est son rôle et son importance en musique ?
C’est principalement un outil servant à hypnotiser l’auditeur et construire une tension. Comme en musique classique, c’est à travers la répétition que l’on crée un effet d’attente chez le public, afin que le moindre changement provoque une réaction émotionnelle de sa part…La répétition a un côté très mathématique, c’est comme certaines équations qui continuent d’être justes au fil des années.

Quelle est la suite pour toi et Archipel ? Pourquoi pas un nouvel album ?
J’ai toujours considéré le label comme une sorte de DJ set infini. Chaque disque est sorti à un moment et pour une raison spécifiques, ce qui peut parfois être dur à vivre pour les artistes car ils doivent attendre des mois avant que leur maxi sorte enfin. En fait j’aime bien construire quelque chose qui a du sens et une ligne directrice, il y a des gens qui comprennent cela et d’autres qui désapprouvent ce que je fais…Ca m’amuse, les gens qui pensent que tout devrait toujours être simple et facile. Actuellement notre principal objectif est la 100ème sortie digitale du label, qui incluera plus d’une vingtaine d’artistes et marquera notre retour au format vinyle pour les prochaines sorties.

Concernant l’album, ça fait environ quatre fois que j’essaye de commencer un truc. J’ai énormément de morceaux, assez pour sortir trois albums mais je n’arrive pas à décider comment assembler ce projet, donc je vais prendre mon temps. En attendant j’ai un nouveau maxi qui va sortir en vinyle sur Climat et d’autres EPs qui arrivent, ce sera donc une sorte d’album divisé en plusieurs sorties réparties sur l’année. Ce qui m’intéresserait le plus ce serait de collaborer avec d’autres musiciens, c’est quelque chose que je voudrais faire plus souvent, il faut que je sorte un peu de ma coquille.

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Download here : (TAL102) Pheek – 09.02.2013

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