Zoom | Kris Wadsworth – Life And Death

Parfois, l’envie de parler d’un disque vient simplement du manque de reconnaissance des médias spécialisés. En voilà un qu’on ne verra pas dans une de ces top lists de fin d’année. Ignoré, laissé pour compte par les pontes de la review. Pourtant, la musique de Kris Wadsworth est pour le moins percutante. Et inaccoutumée, cf le podcast de tête brûlée qu’il nous a servi. Avec son pote Jimmy Edgar, seul invité présent, les deux renégats de Detroit prêchent aux antipodes de leur ancêtres.

Wadsworth, c’est d’abord une signature sonore reconnaissable entre mille. Rythmiques lentes et sales, constructions incongrues et surtout ce synthé criard -appropriation fantaisiste de l’acid introduit par son morceau Lime & Pink l’année dernière. De rigueur dès l’introduction, ce son évocateur siérait particulièrement à un prochain Gaspard Noé. Je ne peux d’ailleurs m’empêcher de penser à une actualisation (un brin épurée) de LFO – Freak en écoutant Definition Of (ci-dessous). House hardue et peu conciliante, cousue pour des dancefloors récalcitrants.

Ce premier album suit en grande partie la ligne directrice des derniers remixes publiés par Wadsworth, tout en développant des facettes plus inattendues. Le 4/4 impassible ne fait pas exclusivité sur la galette, puisque quelques interludes de robotisme cynique partagent également l’affiche. Dans ces plages incongrues, Kris répète à qui veut l’entendre que le chant, c’est pour les trous de balle (littéralement : « I make vocal tracks cause I wanna be famous / I just wanna be famous, a famous anus,« ). On a également droit à un bain de foule schizophrénique avec Fan Mail. Globalement, les quelques mots qui entourent l’album sont aussi crus que la production, et apportent une distance peu fréquente dans la scène actuelle, distance idéalement représentée par l’artwork typé art brut. Y compris lorsque les pistes s’enfoncent dans une House lourde et épurée telle que Gutter Pimp et l’excellent Showtime. L’ex-taulard raconte la vie et la mort, on n’y croit pas une seconde mais c’est rudement goûtu. Finalement, la seule lumière du disque viendra de Ivory 313, en compagnie des modulaires chéris de Jimmy Edgar. En comparaison du très bon Majenta également sorti cette année, Life And Death pourrait faire office de petit frère incorrigible : un disque déviant et irrésistible.

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01 Alienated American
02 Definition Of
03 Showtime
04 Fan Mail (Revisited)
05 Girl Talk
06 Ivory 313 (with Jimmy Edgar)
07 Gutter Pimp
08 Koffein
09 Famous Anus
10 666
11 The Boring People
12 Life And Death

L’album contient également une version mixée de l’ensemble.

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