(TAL082) DJ Qu


L’invité de notre 82e podcast est à juste titre considéré comme l’un des grands sauveurs de la scène techno new-yorkaise. Élevé par la house qui prospérait dans tout New York et son New Jersey natal durant son enfance, DJ Qu a comme beaucoup d’autres de sa génération vécu la musique par le vinyle, auquel il reste encore très attaché. Ramon de son vrai nom a d’ailleurs commencé par le DJing bien avant de se lancer dans la composition, ce qui lui permit d’être rapidement reconnu à New York pour sa résidence au sein de la fameuse House Dance Conference.
C’est en 2007 qu’il lance son label Strength Music pour y sortir ses premiers travaux en production. Ceux-ci furent rapidement remarqués, à l’image des Passing States et Be Who You Want EP, deux pépites que l’on écoute et réécoute aujourd’hui avec toujours autant de plaisir. Dans le même temps, il invite à tour de rôle ses potes Jus-Ed, P. Funk, Joey Anderson et Fred P. sur quelques VA et sort en 2011 son premier album, Gymnastics, passé légèrement inaperçu alors qu’il s’agit là d’un must-have, une fabuleuse synthèse de toute son univers musical entre techno et house, avec des accents parfois plus deep, parfois acid, sur des bases toujours très rythmiques qui laissent s’exprimer accords dissonants et samples détraqués. S’il sort la majorité de sa musique sur son propre label, ses quelques apparitions sur Underground Quality, Inimeg ou encore Deep Vibes Recordings ne sont pas à louper non plus, en particulier le Party People Clap paru en 2009 sur Deconstruct Music, qui reste à mon humble avis la quintessence de tout son parcours musical.

Le podcast que Qu nous a réservés est sobrement intitulé ‘House Classics’. Très loin de la deep ou de la techno, son mix arrive à point nommé et coïncide avec le retour du beau temps pour nous faire découvrir les vieilles pépites old-school planquées dans son bac vinyles.

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Our guest for the 82nd podcast is rightly considered as one of the great saviors of New York’s techno scene. Raised by the house music that thrived throughout NYC and his native New Jersey when he was a child, DJ Qu spent a big part of his youth digging vinyls in record stores, like many others of his generation. He started DJing long before producing, which allowed him to be quickly recognized in New York for his residency at the famous House Dance Conference.
In 2007 he launched his label Strength Music as a platform for his first productions which quickly got noticed, like the amazing States Passing and Be Who You Want EPs. At the same time he invited his friends Jus-Ed, P. Funk, Joey Anderson and Fred P. on a few compilations and released his first album Gymnastics in 2011…Even if the LP passed slightly unnoticed, I personally think that it is a must-have, a wonderful synthesis of all his musical universe somewhere between house and techno, sometimes tinged with deep or acid accents, and full of dissonant chords and weird samples. Even if most of DJ Qu’s music is released on his own label, his appearances on Underground Quality, Inimeg or Deep Vibes Recordings are not to be missed, especially the Party People Clap EP released in 2009 on Deconstruct Music, which remains in my opinion the quintessence of all his musical career.

The podcast Qu recorded for us is simply entitled « House Classics ». Far from being deep or techno, his mix is full of old underground house gems that most of you have certainly never heard (and neither did I).

Download here : (TAL082) DJ Qu – 16.05.2012

Interview | Bill Patrick

Bill Patrick a beau être une légende parmi les DJs, il reste encore assez peu connu du grand public. Présent depuis une quinzaine d’années sur le circuit, il a eu son rôle à jouer dans la plupart des anciens clubs mythiques de New York: citons par exemple le Limelight ou le Twilo, considérés à la fin des années 90 comme faisant partie des meilleures boîtes du monde. Exilé à Berlin depuis 2008, Bill Patrick continue de mixer un peu partout avec sa bande de potes composée de Seth Troxler, Ryan Crosson, Shaun Reeves ou encore Guy Gerber, qu’il a d’ailleurs fini par rejoindre aux commandes de Supplement Facts. On a eu envie d’en savoir plus sur ce DJ au talent immense, et c’est en toute simplicité qu’il a accepté de répondre à notre interview, à lire histoire de se chauffer avant son magnifique podcast qui arrivera très bientôt.

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Taxable

Polly Morgan

Dans ces périodes de choix et de responsabilités, il est bon de n’avoir qu’à cliquer pour relancer. Et quand la tristesse l’emporte sur l’espoir, la sélection se fait plus sombre. Quelques incontournables de printemps donc pour noyer les frustrations et les colères du weekend. C’est pas encore l’augmentation du Smic mais on y travaille.

Je voulais un truc rentre-dedans pour commencer, et je tombe sur la track la plus abrutissante du moment. Un minimalisme imbécile avec lequel tu fais corps en instantané. Il faut tout le culot de Barnt pour faire une techno hardie et autoritaire avec trois bouts de ficelle. Ce type est dingue, chacune de ses rares productions en témoigne. Le moment est martial, on se laisse emmener comme le MoDem.

Barnt – Geffen

Les Pachanga Boys ont fait fort avec Time sur leur label Hippe Dance, un quart d’heure assez vertigineux tout en grandes pompes mélodiques. A eux deux, Superpitcher et Rebolledo font du BPitch évolué et débridé, ne se refusant aucune excentricité – je pense à des inanités comme Black Naga. Encore difficile à cerner, le duo joue les patterns binaires épurés avec une petite pointe de funk latino et de délires harmoniques. Le remix en question vient de chez Pschent et l’exercice consiste à remodeler du Slove (qui nous ont fait une chart ici). L’Indie Pop est redessinée au format allemand, les discrètes percussions prenant la place d’une guitare par trop envahissante. L’ostinato se développe progressivement, puis le chant éclate comme une bulle (jouissif).

Slove – Flash (Pachanga Boys Remix)

Je reste dans le bain avec l’album de Tristesse Contemporaine qu’on attendait ici avec impatience. La formation a su réunir dans ce format sa vision de la New Wave, sensible et pluvieuse. Mais attention, pas le crachin breton, non, les gouttes épaisses et les échos britanniques. Le disque est produit par Pilooski, une réussite tant son mixage est agréable. Et plus que revisiter Talking Heads à la sauce crise économique, le trio Tristesse Contemporaine accouche de sacrés moments Synthpop comme celui-ci.

Tristesse Contemporaine – Daytime Nighttime

Bubba fait figure d’outsider, sorte de passerelle entre Miami et Paris. Après un album passé quasiment inaperçu, et de nombreuses productions pas franchement reconnues à leur juste valeur, la conjoncture semble meilleure : ses derniers travaux pour Clouded Vision, Hot Natured ou Nastyfunk séduisent de plus en plus de gangsters en mal de basslines exagérées. Original, décadent et Acid sur les bords, Bubba est actuellement en plein rush. L’occasion de revenir sur une track de 2010 parue chez Extended Play, le genre de piste downtempo, lourde et épique qui me fait tomber. Chaque espace fréquentiel est bourré de sections rythmiques ou bien par ce pad exorbitant. Et cette grosse voix hallucinée, c’est les Daft dans les chiottes du Berghain. Big Hugs.

Bubba – Drugs, Hugs And Thugs

Chez Trace A Line, on a – comme beaucoup – un attrait amusé pour l’artiste loufoque qu’est San Proper. Toujours prêt à prendre le micro pour ambiancer son public en pleine montée, San est un sauvage du vinyle, un Aragorn techno et désinvolte. Côté production, une même envie d’en découdre avec les volumes académiques et les accords bienséants. Sur cette track, chaque piste est barrée, du kick aux alarmes truffées de delay. Grosse fête à grosses gouttes sur un beat tout bancal et une basse hagarde : la tête tourne. Mention au vocal ‘n’importe quoi’ qui sonne comme pas deux. Génialement désabusé.

Dave Aju – All Together Now (San Proper ‘Bye Yoself’ Mix)

Flashback 1981. La mèche flamboyante de Philip Oakey, yeux fermés sur le micro, posté de profil pour faire briller le fond de teint blanc. Campé à l’arrière, un florilège de Roland, Korg et autres Yamaha, les véritables acteurs d’une époque qui doit tant aux tontons Kraftwerk. Si tu es lassé des innombrables copies que le temps amasse, voici l’original, bien plus foufou. Cette version particulièrement, qui met la voix de côté pour se concentrer sur l’essentiel.

Human League – The Things That Dreams Are Made Of

« Tu crois que c’est bon pour les gammes la merde ? »

(TAL081) Gilb’R


Gilb'r

Après le fantastique mix offert par Fred P. la semaine dernière, nous revenons en France et accueillons, non sans une certaine fierté, Gilb’R. Acteur majeur de la scène électronique française, bien que souvent dans l’ombre, l’homme aux multiples casquettes semble transformer tout ce qu’il touche en or… Entre la création de Versatile, l’un des labels les plus novateurs et constants dans la qualité depuis une quinzaine d’années, et la multiplication de projets à succès, Gilbert Cohen de son vrai nom réussit toujours à apporter quelque chose d’original et de frais à une scène un peu trop monotone… N’oublions pas qu’il est à l’origine, notamment, de Château Flight avec son ami de longue date I:Cube, et d’un projet que l’on suivra avec le plus grand soin lors des prochains mois : Aladdin, avec le chanteur des non moins surprenants Poni Hoax, Nicolas Ker… Le premier album d’Aladdin est sorti l’année dernière, et on vous conseille vivement de vous pencher sur cette oeuvre étonnante… Bref, chaque personne ayant pu assister à un DJ set de Gilb’R sait qu’il est difficile d’en ressortir indemne, tant le jusqu’au-boutisme de l’homme pousse l’expérience à un autre niveau…

Et c’est bel et bien de quoi il est question avec ce 81ème épisode de notre podcast : un mix qui élimine les frontières entre les genres, et qui laisse place à une succession de titres d’un autre monde. Le tout, bien évidemment, mixé avec la technique d’un baroudeur des clubs… Gilb’R offre un superbe échantillon de son large spectre musical, et de ce qui nous fait dire que la musique électronique a encore de beaux jours devant elle, tout simplement.

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After Fred P.’s stunning mix last week, we’re coming back home with Gilb’R. Major character of the French electronic music scene, even if he’s in the darkness most of the time, it feels like everything he touches turns into gold… Whether with Versatile, one of today’s most innovative and qualitative French labels or with his numerous successful projects, Gilbert Cohen always manages to bring something fresh and new in a scene that sometimes seems a bit monotonous… Keep in mind that he’s the father of Chateau Flight with his long time friend I:Cube, and of a new project on which we will keep an eye during the forthcoming months, Aladdin, with Poni Hoax’s singer Nicolas Ker… Aladdin’s first album was released last year, and we highly recommend you to give it a try, as it is quite stunning. Anyway, every single person that had a chance to listen to one of Gilb’R DJ sets knows that it is really hard to get out if it, as this man is a real perfectionist who brings the experience to a whole other level…

And this is what’s happening for this 81st podcast : a mix that blows off music borders, and leaves place to a track succession that kinda came from somewhere else. Everything mixed with a club adventurer’s technique… Gilb’R offers a great sample of his wide musical spectrum, a sample that allows us to say that electronic music surely has bright days ahead.

Download here : (TAL081) Gilb’R – 23.04.2012

Zoom | Âme – Âme Live

ame

2012 marque les 10 ans d’existence d’un des duos les plus excitants qu’ait connu la musique électronique ces derniers temps : Âme. Et pour fêter ça, Frank Wiedemann et Kristian Beyer ont décidé de publier un album live retraçant ces 10 années de la plus belle des manières… Des débuts sur Sonar Kollektiv aux classiques sortis plus récemment sur Innervisions, les deux allemands offrent un beau tour d’horizon de leurs productions et remixes, qui leur permettent aujourd’hui d’être régulièrement cités dans les charts divers et variés. Nul besoin de rappeler les qualités de DJ du duo, étant donné que chaque mix ayant pu arriver jusqu’à nous a laissé une trace indélébile dans nos tympans… Mais le fait est que le live est un exercice de style plutôt « nouveau » pour Âme, puisque ce n’est qu’en 2010 que l’on a pu entendre leur première performance dans ce registre, après 8 ans jalonnés de centaines de DJ sets à travers le monde.
N’ayant pas eu la chance de pouvoir assister à un de ces lives jusqu’à présent, et en tant que grand fan de leur travail, je vous laisse imaginer mon impatience lorsque j’ai appris qu’une telle sortie était prévue. Et de la patience, il en faut, tant ils distillent avec parcimonie leur musique… Contrairement à certains artistes qui inondent les stores chaque mois d’une dizaine de productions et remixes, Frank et Kristian sont plutôt du genre discret, mais chacune de leurs sortites fait vite oublier les longs mois d’attente…

Et pour introduire la sortie prochaine de cet album live, Innervisions a publié lundi un EP composé de 3 morceaux en version complète, qui font partie du live, dont deux remixes pour Underworld et UNKLE (acheter ici)… Tous les titres qui constituent ces 80 minutes ont été retravaillés, et dépoussiérés pour certains, afin d’aboutir à un live cohérent et prenant qui regroupe une bonne partie des plus grands succès du duo ainsi que quelques morceaux inédits… Âme Live est donc une plongée en apnée dans l’univers des deux allemands, qui gardent constamment un pied dans le passé, mais aussi un oeil vers le futur : musique intemporelle en somme. De quoi combler tous les fanatiques…

Tracklist :
Roy Ayers – Tarzan (Âme Remix)
Âme & Amampondo – Ku Kanjani
Âme – Nia
Osunlade – Envision (Âme Remix)
Âme – Enoi
Unkle – Hold My Hand (Âme Remix)
Henrik Schwarz/Âme/Dixon – D.P.O.M.B.
Rodamaal – Insomnia (Âme Remix)
Âme – Junggesellenmaschine
Underworld – Crocodile (Âme Remix)
Henrik Schwarz/Âme/Dixon – Where We At
Âme – Rej
Âme – Setsa
Gui Boratto – This Is Not the End (Âme Beatless Mix)

Sortie le 7 mai, sur Innervisions