
Le best of summer, ou bande son originale des road trips immersifs, des nuits au balcon, des bains derrière les verres opaques, des rencontres sensuelles, de l’irrationnel. Sans distinguer le jour et la nuit, ni oublier que le véritable leitmotiv depuis quelques temps, c’est le quasi-culte Everybody de Benoit & Sergio.
La sélection baigne dans l’electronica riche en voix profondes, s’imprègne de mélancolie primaire. L’humeur grisonnante pré-automnale fait sa dictée.
Je lance la playlist avec le dernier coït électronique de Clark, trouvé sur un EP de Kuedo. Tandis que la piste originale vient tout droit de la mouvance « post-dubstep » foisonnante, Chris reconduit cette matière première en un interlude puissant et inflexible. L’auteur des albums Totem’s Flare et Body Riddle – pour ne citer que les meilleurs – s’offre un moment de majesté tout bonnement maléfique.
Kuedo – Glow (Clark Remix)
Hors catégorie, cette electronica de Manchester est une des meilleures révélations de l’année. Pour l’imagerie, pensez James Blake qui tombe sa veste, croisé à The Field qui aurait trop regardé Himalaya. Holy Other frappe fort avec ce premier véritable EP (si l’on excepte les cassettes introuvables) et rejoint la structure new-yorkaise Tri Angle, appréciée pour le lancement d’artistes comme Balam Acab. Le titre Touch et ses « what I’m looking for » obsédants est une superbe pièce de chillwave introspective.
Holy Other – Touch
Pets Recordings, label fondé par Catz’n Dogz, suit une actualité plus que séduisante. J’ai encore du mal à me remettre de Entrance Song, synthèse tubesque de Detroit et du meilleur de Dirtybird. D’ailleurs, Eats Everything prépare pour bientôt un nouveau hit intergénérationnel avec The Size, qui sample goulûment Moby – Porcelain. Ça c’est pour la House pumping. Powidlo, le dernier EP par les polonais Chmara Winter, prend une orientation plus deep. Les remix de Lee Jones et Marcin Czubala possèdent chacun un intérêt certain, mais ici c’est l’original qui retient mon attention. Ambiance cooosy.
Chmara Winter – Powidlo
Ce remix pousse à peu plus loin le délire Funk-House duquel nous ne démordons plus depuis des mois. Replaçons le morceau dans son contexte : Gadi Mizrahi est la moitié de Wolf+Lamb, Eli Gold est la moitié de Soul Clap. La collaboration récurrente entre les deux duos a notamment enfanté une compilation Dj Kicks en début d’année. L’échangisme porte une nouvelle fois ses fruits et accouche d’un banger House à la sauce spleen.
Lucky Paul – Thought We Were Alone (Gadi Mizrahi & Eli Gold Remix)
L’album de Mark E s’est avéré d’un ennui profond. Chaque titre sonnait comme une tentative ratée de renouer avec… Avec quoi en fait ? Le soufflet Chicago retombe avant de gonfler. Et puis comme par contraste, il y a cette piste 2 qui sauve définitivement la mise, dans une tonalité très différente. Une rudesse franche et massive, à grands coups de vocoder, basse suintante et montée Acid. Enfilez vos slips en bois pour celle-là.
Mark E – Belvide Beat
Ajout de dernière minute, le nouveau Crosstown Rebels séduit à la première écoute grâce à ce remix. Excepté le nom à rallonge parodiant avec jubilation Radio Slave ou Dubfire, on retrouve instantanément la patte de Fur Coat et sa basse remuante. La construction du morceau apparaît simple et maîtrisée, alternant groove sautillant et breaks plutôt monumentaux. Un tantinet rentre-dedans.
Argenis Brito, Fur Coat – Space Ballad (Totally Enormous Extinct Dinosaurs Remix)
Un Dj Tool dans toute sa splendeur. Boris Staffen alias Jichael Mackson, en une dizaine de maxis sortis ces dernières années, se démarque du reste de la scène House et Techno par un sound design travaillé à bras le corps. Il digère les influences de Basic Channel pour créer des atmosphères denses et approfondies. Son dernier EP montre une facette plus dansante de sa musique. Avec Gti, Boris réduit la track Techno à son essence : un lead grave se faufilant entre les filtres. L’effet s’avère bluffant dans un set.
Jichael Mackson – Gti (Zimbabwe Mix)
DJ Sasha est reparu à la surface avec le trancy Cut Me Down. S’ensuit l’armada habituel : concours de remix, pluie de relectures stériles, bref, pas vraiment de quoi faire honneur à l’artiste – qui malgré la médiocrité de l’original, a vendu quelques kilos de rêve par le passé. Je fuis généralement ce genre de manoeuvre ; néanmoins, dans le tas, une ou deux versions profitent pleinement de la voix de Krister Linder : un morceau qui vise les clubs d’abord, par Layo & Bushwacka (ici), et ce Breakbeat brillant de Ryan Davis.
Sasha – Cut Me Down (Ryan Davis Twin Break Mix)
Parce que je ne pouvais me cantonner à de l’électronique : une balade folk schizophrène. Ce morceau ne peut laisser coi, de par les aigus douteux puis la série de cris qui ponctue le dernier refrain. C’est Pipilotti Rist au chant, vidéaste défraquée dont la discographie se limite à ceci. Vous pouvez toujours hurler à la reprise honteuse, à la diffamation impitoyable de Chris Isaak. Mais, de fait, c’est Pipilotti qui s’égosille le plus fort. Et à défaut de maîtriser parfaitement la voix de tête, elle crie juste, il faut le reconnaître.
Pipilotti Rist – I’m A Victim Of This Song
Pas grand chose à dire pour le bonus de fin, sinon qu’il s’accommode fort bien d’une écoute au casque, devant un coucher de soleil rose comme on voit ces derniers soirs, yeux mi-clos. De préférence seul pour être mieux entouré du minimalisme parfait de Death In Vegas.
Death In Vegas – Anita Werber
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