Zoom – Field Records – Collection

Field Records, un nom qui ne dit sans doute rien aux aficionados de house édulcorée, d’acid pimentée, ou de collectionneurs de cassettes (puisque l’heure est aux labels « tapes ») mais que les puristes dub techno connaissent tous plus ou moins. Plus ou moins car il faut dire que le label hollandais n’a jamais souffert d’une surmédiatisation, loin s’en faut. Cependant, en 6 ans d’existence, il est tombé sous le radar d’un certain nombre de technophiles avertis, j’en veux pour cause la qualité  exceptionnelle et invariable des mixes Field Recordings qui sortent sur l’imprint depuis 2010. Enregsitrés par des grands noms comme par des petits, ces mixes sont d’une beauté rare, mettant l’accent sur l’expérimentation, entre atmosphères éthérées, et envolées upbeat, aussi bien introspectives qu’expressives, tantôt penchant vers l’ambient, tantôt vers le dancefloor , voire la deep house quand l’invité se le permet. On n’est jamais trop loin de Voices from The Lake, mais jamais trop loin de Juju & Jordash non plus. D’ailleurs, ces derniers ont signé le 10ème Field Recording il y a quelques temps, pour un total de 23 aujourd’hui. Autour du duo, pléthore de grands noms : STL, Joey Anderson, Shifted, Basic Soul Unit, Rolando, DJ Qu dans une veine plutôt club ; mais aussi Ohrwert, Glitterbug, Quantec, mon protégé Djorvin Clain, Mohlao, et le grand XDB pour les esprits plus mûrs ; et ce sans tomber dans l’exhaustivité. Côté galettes, les sorties de Field Records sont résolument dub techno : Delta Funktionen et Conforce sont les maîtres à penser, Duplex et Reggy Van Oers, les seconds couteaux.

Ici s’arrête le namedropping, place maintenant à l’œuvre du jour. Bien que le sobrement intitulé Collection ne date que de juin, je n’ai pu me le procurer qu’il y a peu. Et force est de constater que la compilation, au-delà de toute espérance, fascine. J’ai beau m’être lassé des empilements de dub techno tentant d’imiter les maestri de Basic Channel, on est foncièrement ravi d’avoir une variante de dub techno qui ravive un tant soit peu le genre à l’écoute. Le premier tiers du various est calme, sans être inintéressant, l’accroche de Sons of Melancholia est remarquable en ce qu’elle a d’apaisant et d’enivrant en même temps. Un peu plus loin,  Acronym surprend (surtout ceux qui n’avaient jamais entendu parler de lui) par sa capacité à transformer complètement la track qu’on pense entendre. Les bleeps de départ nous amènent sur la piste d’une techno lourde et sans pitié, et quand le kick vrombit enfin, c’est un tool de François X entre deux killers qu’on croit entendre ; mais quand enfin on atteint la 7ème minute, on réalise que le track voyait bien plus loin que tout ça. Pour ceux qui le découvrent, son dernier EP sur Northern Electronics (un label qui mérite tout autant le détour) est à checker. L’enchaînement avec ‘Outer Dimension’ de Resoe se fait sans problèmes, car le danois fait ce qu’il sait faire,  et c’est ensuite au tour de Voiski de nous montrer qu’il sait se débrouiller dans absolument tous les genres. Sa réputation désormais faite à l’étranger, le français arrive encore à être là où on ne l’attend pas. Ses compatriotes Polar Inertia, qui le suivent, sont sans doute un peu à la peine pour autant m’impressionner, mais je ne doute pas que ‘Sonic Outlaws’ me fera bien plus d’effet lors d’un prochain live. La seconde moitié de la compilation est remplie de merveilles pour sa part, avec des têtes connues (Varg, Szare, Bleaching Agent)  et d’autres moins connues (Artefakt, J&L, Ben Buitendjik). On entre dans une techno assumée, franche du collier, qui ne déroge cependant pas à la règle esthétique de l’élégance avant tout. Même lorsque Ben Buitendjik écorche nos tympans en piste 14, ou que Iori balance une affolante TB 303 sur une rythmique froide et caverneuse dans son morceau ‘Inject’, la sophistication est au rendez-vous. Ainsi Voiski de clore avec le talent qui est le sien : ‘A Star In Your Head’ termine la compilation comme il se doit, on oserait presque dire avec majesté.

Cette compilation, jamais indispensable, reste cependant marquante par sa capacité à tirer le meilleur de ce type de techno. Au delà de quelques labels garantissant la pérennité du genre, le monde est assailli de médiocres émulations d’Echocord, diametric. et consorts.  Mais lorsque l’exécution est aussi parfaite que sur cette Collection de 20 tracks inédites, on ne peut qu’ôter son chapeau. Voilà, aujourd’hui, la quasi-impardonnable faute d’avoir oublié Field Records sur notre site est réparée. En espérant que cela ira avec beaucoup d’autres découvertes et encore plus de plaisir d’écouter.

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