(TAL122) Exos

Dans les années 90 a émergé une nouvelle génération de producteurs techno en Islande, menée par une poignée de figures qui allieront plus tard leurs forces pour fonder l’un des meilleurs labels de dub techno de tous les temps, le pas si connu Thule Records. Arnvidur Snorrason fait partie de ceux là, via son projet Exos crée en 1997 et avec lequel il a sorti trois albums et une quinzaine de maxis pour des labels comme Force Inc, Mosaic ou Thule, soit trois des labels de musique électronique les plus influents des 90s. Avec d’autres artistes de talent comme Thor, Ozy ou Sanasol, Exos a défini une techno très singulière au fil des années, inspirée avant tout par l’environnement et le climat islandais. En tant que grands fans de Thule et des productions d’Exos, on lui a posé quelques questions sur le label, sa carrière et ses projets, et lui nous a enregistré un mix très spécial de 3 heures contenant les pépites les plus rares de sa collection de vinyles, un petit coup d’oeil à la tracklist dans les commentaires devrait suffire à vous mettre l’eau à la bouche.

- English Version -

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Tu viens de rentrer de Hollande où tu as joué pour le label ESHU, c’était comment ?
C’était génial, la soirée a eu lieu dans un énorme skatepark et les gens n’avaient vraiment pas envie que ça s’arrête, j’ai adoré.

Cool ! Tu es islandais d’origine, né à Reykjavik où tu vis toujours aujourd’hui. Tu es souvent booké là-bas ?
J’y joue environ une fois par mois, j’ai une résidence mensuelle où j’invite des Djs locaux avec DJ Yamaho, qui est mon DJ islandais préféré… Il y a toujours beaucoup d’énergie lors de ces soirées.

Les gens écoutent beaucoup de techno en Islande ? J’ai vu que le Sonar organisait un festival annuel à Reykjavik, avec de plus en plus de DJs techno programmés au fil des ans…
La techno est maintenant reconnue et approuvée par le public en Islande, les Djs n’ont plus à s’inquiéter des limites quand ils jouent de la techno ici. On a deux petits clubs et beaucoup de Djs locaux très talentueux, la scène électronique a énormément évolué et pas mal de petites soirées avec des artistes islandais sont organisées parallèlement au Sonar oui, que les gens attendent toujours avec beaucoup d’impatience…

Comment as-tu découvert la techno ? J’imagine que ton père doit y être pour quelque chose, puisqu’il produit aussi sous le nom de Octal…
Mon père m’a éduqué avec beaucoup de sons différents, de la musique africaine au jazz bebop, et je me souviens de lui traduisant des lyrics de Grandmaster Flash en 1984. Pourtant j’ai découvert la techno via une émission de radio très populaire en Islande, ça s’appelait PartyZone et c’était en 1994, l’âge d’or de la techno. Ils diffusaient des mix de house et techno de Djs locaux et ont en quelque sorte introduit ce style de musique en Islande. DJ Frimann y jouait très souvent, c’est le DJ islandais le plus dévoué à la techno et c’est surtout lui qui a fait mon éducation. De son côté mon père n’a jamais aimé le son de Beltram mais quand il m’a entendu jouer du Maurizio en 96, il m’a dit de mettre le volume au max.

Tu sortais beaucoup à cette période ? Je me demandais comment tu avais rencontré Thor et tous les futurs membres de Thule…
J’avais à peine 14 ans alors je ne pouvais pas encore sortir, je ne mixais pas non plus à l’époque. En 1994 il n’y avait pas d’internet, pas de youtube ou de beatport, la musique était précieuse et les disques de techno étaient très rares surtout en Islande. La radio et le disquaire du coin étaient les seuls façons d’y avoir accès, et c’est pour ça que les Djs plus âgés ont joué un rôle si important. J’ai commencé à produire en 1996, j’avais alors 16 ans. Un employé de notre école donnait des cours de production par ordinateur à cause de notre grande passion pour la techno, un jour il a contacté Thor et lui a demandé de participer à ces cours, et c’est comme ça que je l’ai rencontré. C’est exactement à cette période qu’il a lancé Thule Records, lui et sa musique avaient déjà une grande influence sur moi en 1992, car c’était un peu le leader de cette nouvelle scène techno islandaise. Tous les membres de Thule étaient les meilleurs amis de Thor comme Yagya (Sanasol), Biogen et Ozy, et quand il a décidé de sortir deux maxis à moi sur son label c’était le plus beau jour de ma vie…

Exos, Biogen, Thor, Yagya & Ozy aux débuts de Thule

Le premier était « Green Beat » c’est ça ? Je suis en train de l’écouter et c’est fou de voir la maturité qu’avait déjà ton son, alors que tu n’avais que 16 ans à l’époque…
Green Beat était une expérience totale, ça ne fait pas longtemps que j’ai enfin commencé à l’aimer. En tout cas elle marche très bien en club, Yamaho l’a jouée à notre soirée il y a pas longtemps et les gens ont très bien réagi.

Même si Thule a toujours été dédié à pas mal de styles de techno différents, le label a rapidement pris une direction assez dub. Qu’est-ce qui vous a autant attiré dans la dub techno, hormis le fait que Basic Channel a dû avoir une très grande influence vous tous ?
La dub techno est froide comme de la glace. On puise nos influences de la nature islandaise, la glace, la neige, les nuages noirs, les lumières nordiques et les montagnes… La nature est au centre de l’Islande toute entière, et notre deep techno représente cet environnement. Je crois que chaque pays a ses spécificités naturelles, le truc avec l’Islande c’est que tous ces lieux incroyables sont si proches les uns des autres, il suffit de 20 minutes en voiture pour explorer le meilleur de la campagne islandaise.

Est-ce que vous organisiez des soirées lorsque Thule a été crée, comme des raves ou d’autres types d’évènements ?
Je mixe dans les clubs depuis 1997, à cette période on avait le légendaire Thomsen avec son sous-sol hyper sombre et son dancefloor un peu plus chaleureux à l’étage. Beaucoup de noms y sont passés comme Mistress Barbara, Monika Kruse, Larry Heard, Dmx, Tim Taylor ou Little Louie Vega, mais c’est quand Adam Beyer y a joué que le club est vraiment devenu légendaire, un genre de Trésor islandais !!! Les fêtes en extérieur n’ont jamais marché en Islande à cause du climat très instable, au printemps et en automne on peut avoir du soleil, de la pluie, de la neige et du vent en même temps parfois…
La culture islandaise est très influencée par l’Angleterre, le mouvement punk est arrivé à nous très vite et même en 1989 il y avait déjà un petite groupe d’Islandais qui organisait des soirées acid house et new wave. La scène rave est arrivée chez en 1990, et Thor en fut l’un des pionniers.

Steve O’Sullivan a lancé son label Mosaic/Bluetrain au moment de la création de Thule il me semble, quelles étaient les relations entre Thule et Mosaic à cette période ?
Elles étaient totalement inexistantes, mais l’histoire de ma rencontre avec Steve est assez marrante… Thor m’avait vendu pas mal de ses disques techno comme Losing Control de DBX, Lite Music de 69 et d’autres trucs oldschool, mais il ne voulait pas me vendre sa copie du Mosaic 004 par Aubrey. A cette époque Mosaic marchait très bien, tout le monde en parlait et collectionnait le maximum de disques du label, moi y compris. Un jour Thor m’a prêté son exemplaire du Mosaic 004 et quand je suis rentré chez moi pour l’écouter, je l’ai fait tomber et j’ai fait une grosse rayures sur l’une des faces…
Alors je me suis mis à appeler tous les disquaires anglais pour en trouver une copie car je ne voulais pas le rendre endommagé, mais il était en rupture de stock partout… J’ai décidé d’appeler directement Mosaic pour voir ce qu’ils pourraient faire, Steve a répondu et m’a dit qu’il avait 2-3 copies qu’il ne pouvait donner, mais il m’a aussi demandé d’où je venais et s’il y avait de bons labels en Islande. Je lui ai parlé de Thule dont il n’avait entendu que du bien, alors il m’a dit de lui envoyer quelques vinyles de notre label en échange du Mosaic 004. Je lui ai envoyé toutes nos sorties et une démo de mon track « Orangeblue », puis quatre jours plus tard il a laissé un message assez intense sur mon répondeur en me demandant de sortir le morceau sur Mosaic. Je lui ai envoyé d’autres tracks et on a fait une autre sortie, le « Steve O’Sullivan vs Exos – Rhythms & Dubs Vol 1″, puis un split entre moi et Octal, et pour finir une très belle sortie de mon père Octal appelée « Nucleus i Bata ». Donc la morale c’est que quand tu as besoin de quelque chose tu n’as qu’à foncer pour l’obtenir, au bout du compte tu peux même avoir de belles surprises…

ESHU x Mosaic x Thule : Roger Gerressen, Steve O’Sullivan, Exos & Ben Buitendijk en Hollande

Effectivement… La distribution des sorties Thule devait poser problème à l’époque non ? Vu qu’il n’y avait pas de Beatport comme tu disais…
Oui, Thule avait de gros problèmes de distribution… Même si Sven Vath a fait un remix pour notre première sortie et même si Richie Hawtin jouait tous nos disques, peu de gens étaient prêts à nous écouter à cette période. Notre distributeur exigeait autre chose de nous car il ne voulait plus diffuser de deep techno, alors que c’était justement notre spécialité.. et en tant que petit label isolé sur une île de l’océan Atlantique, c’était difficile de promouvoir et diffuser notre musique. Pourtant il semblerait que beaucoup de gens soient de plus en plus intéressés par notre son aujourd’hui, ce que je trouve vraiment génial…

Mais est-ce que vous arriviez quand même à jouer à l’étranger et voyager grâce à la musique, malgré les problèmes de distribution ?
J’ai même pas mal tourné en Europe à une époque, surtout lorsque je sortais de la musique régulièrement. La première fois que j’ai mixé à l’étranger c’était au Tresor en 1999, j’y ai joué quelques fois depuis. J’ai aussi mixé au Paradiso à Amsterdam pour un all night long, au So36 à Berlin et au U Club slovaque. J’ai aussi joué au Ostgut (l’ancien Berghain), en Estonie et j’ai fait une tournée en Russie avec Thor. On a même fait une label night au Batofar avec Biogen, Ruxpin, Den Hard Husher, Yagya et Thor.

Qu’est-ce qui a entraîné la fermeture assez brutale du label en 2002 ?
Beaucoup de labels de deep minimal ont soudainement fermé à cette période. Le marché était envahi par des sons plus clubs, et pas mal de labels de minimal ne vendaient pas assez. Techno et house progressive sont devenues très populaires dans le monde, et les sons plus deep n’intéressaient plus grand monde… mais cela n’a duré qu’un moment. Aujourd’hui la deep techno a repris le dessus, elle n’était pas très reconnue à l’époque et je me souviens qu’en 1997 je rêvais que les gens finissent par apprécier cette musique. A cette période seules 15 à 20 personnes en écoutaient en Islande, alors qu’aujourd’hui ils passent du Maurizio au restaurant Vega à Reykjavik… C’est un rêve devenu réalité.

Mais tu as continué à produire malgré la fermeture de Thule ?
Bien sûr, même si j’étais membre de Thule j’ai continué à sortir des disques pour d’autres labels comme Force Inc, j’ai aussi fait quelques tracks et remixes pour Ben Sims. J’ai arrêté la production en 2005, et je n’ai pas retouché à mes machines jusqu’à ce que Paulo Reachi m’envoie un mail en 2011 me demandant de faire un maxi pour son label. C’est comme ça que j’ai appelé Ruxpin et Yagya et qu’on a sorti un truc pour lui… Depuis les choses se sont enchaînées et j’ai maintenant pas mal de sorties à venir.

J’imagine que tout ça a engendré pas mal de nouveaux projets en plus non ?
En ce moment on se prépare à ressortir les classiques de Thule avec Thor, on est en train de sélectionner les disques qui vont être ressortis. On est vachement excités par ce projet et les gens ont l’air d’être vraiment impatients ! Je prépare aussi un truc pour un label hollandais appelé ESHU Records, et un label roumain appelé Crystal Structure, avec moi et Thor sur une face et C Rock/Dubstar sur l’autre. Et sinon je me concentre surtout sur Strobelight Network !!!

Ah oui, c’est le nouveau label que vous avez récemment annoncé ! Qu’est-ce qui est prévu ?
Strobelight Network est un nouveau label sur lequel on ne sortira que des exclus des anciens de Thule, j’ai rencontré un mec génial de New York qui s’appelle Amaury et il m’a convaincu de retravailler sur le vieux son de Thule avec Thor. Au début on était assez pessimistes, mais il a tellement insisté qu’on a finalement décidé de lancer ce label. En gros c’est notre projet commun, mais Amaury en sera le manager. La première sortie est un VA avec un track de Plastic (Yagya), un vieux unreleased de Thor et un morceau d’Octal avec un remix par moi et Ruxpin. Ensuite on a un EP avec Thor, Exos, Sanasol et Ozy.

Pour finir, peux-tu nous parler du mix de 3 heures que tu as enregistré pour nous ?
A la base je voulais faire une suite à mon mix « minimalclassix ». J’ai inclus quelques classiques de l’ère Mosaic avec des tracks de Steve et Aubrey, puis je suis parti vers Detroit et Chicago tout en jouant quelques-unes de mes premières sorties. Ensuite j’ai joué de la minimale islandaise pour finir ambient, donc on peut dire que ce mix raconte quatre histoires différentes… Une pour le matin, le jour, le soir et la nuit.

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Download here : (TAL122) Exos – 08.12.2013

2 Comments
  1. Fil says:

    ——— Cd mix Thingamajicks – Priceless – Bliq 08 Rhythm of Snow – 16.Bounce (Yagya) Sanasol – Thule 006 (Thor/Yagya) Sanasol – Hlýleg Justin Simmons – Being Samuel L Bronowitz (Thor) Ozy – Supertrack Ozy – track Volcan Nerve – track (Thor) Thor – Eggjandi Ozy – White label (Dons) ——— Vinyl mix Downlink – Optimus Prime – Mosaic 005 Alien Disco – track Aubrey – Warehouse – Texture Cab drivers – Open air Steve O Sullivan – Moovement ep – Mosaic 008 Memory Foundation – Greenflash – Mosaic Cari Lekebusch – Above the Skyline Ymc – last stop ep – Yoshitoshi Mark Ambrose – Smoky Clinic – Craylon 002 Marco Carola – Question 007 Steve O Sullivan – Bluetrain 001 The persuader Stephan G – Kaos – Svek White label – Being with you Steve O Sullivan – Top shelf Dubs – Mosaic J.Dahlback, Jl hUHTA – midnight Express Ohm – Joe the hoe Aubrey – Contact funk – Mosaic The Vision – Detroit one circle Steve O Sullivan -A New perspective Robert Hood – Moveable parts 2 Aubrey – Impressions – Solid Groove Octave One – 15/13 Octave One – Track Aubrey – U be dick Weed people – The greenland ep Ilo remix Rhythm methood vol 3 – Mosaic R.Hawtin – Bang Bang Bang Missile 10 Kenny Larkin – Seven days Kenny Larkin – Catatonic Dum records Torsten Profrock – Chain Reaction 002 unknown track Sean Deason – the shit Dj Hell – Take a shot Rac – 9 Alien Fm – Nightmare K Alexi – All for Lee Sah Basic Channel – 004 Mark Broom – Pure plastic Freq – With a vintage – Matrix Js 002 Unknown track Johannes Heil – are u ready Electro track Xtrak – Relay – Peace frog Baby Pop – Know what i am sayin Robert Armani Ride me – Dance mania Hd – White label Strand – Juggernaut remix Grow – Crucial Marco Carola – Question 004 Grow – Friday Island Exos – 5 a.m Exos – Haus í krukku Exos – Elevent Exos – Elevent Maus and Stolle – Adore — Cdmix Octal – Dt9 – Ruxpin and Exos remix Den Nard Husher – track Krisz Deak – 34 Kesz Damon Wild / Steve Stoll – Betwean the lines Exos & Octal – áttfalt Plastic – Thule 11 Kristjan Wage – Leaf Petur Sturla – track Ricardo Willalobos – extended Dj Koze – I want to sleep Den Nard Husher – track 4 Octal Industries – útkall Ruxpin & Mike – Tsunami Krisz Deak – Angular momentum Demo Reitur Exos – Concord (unmixed demo) Ohm & Exos – Fróði Dubirgis – Nighmusic 001 Dubirgis – Nighmusic 002 Fixia – Outone Exos & Octal – With the (Ruxpin and Exos emake) Plaid – OI Flowmachine – Class of 96 (Thor) Baby Ford – Bad friday Thor – Thule 009 Thor – Memory Alex Bringen – Humanoids Octal – Hevier petting Exos & Octal – With the (Yagya remix) Yagya – track Yagya – Will i dream during the process Ruxpin – Dröfn Bisphere – spring fever Rising High – Lp Rising High – Lp Pub – Summer – Verical form Torsten P. – 8,5 Bjorn Torske – Nedy myra Thingamajicks – Sub Rosa X – bLIQ 08 Thingamajicks – Patrick’s Last Trip – bLIQ 08

  2. romain says:

    Vous avez des infos sur le label strobelight ? Je cherche des infos quant aux releases mais impossible de trouver, pas de réponse à mes mails non plus :(

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