(TAL108) Vester Koza

Un nombre croissant d’artistes choisissent de jouer la carte du mystère à coup de white labels sortis en édition ultra limitée, mais ce n’est pourtant pas cela qui va les rendre intéressants… A contrario, d’autres comme Vester Koza font leur truc honnêtement, sans se masquer et sans chercher à se donner une crédibilité quelconque en faisant mine de ne rien dire, pour soi disant « mettre l’accent sur la musique et pas sur les musiciens. » Sorti de nulle part en février dernier, ce producteur londonien a pris tout le monde de court avec son premier maxi éponyme, et par « tout le monde » j’entends aussi Ben UFO, Lowtec ou encore Madteo… Désireux de ne pas s’arrêter en si bon chemin, Vester aura fait d’une pierre deux coups en créant son label Maslo par la même occasion, pensé comme une plateforme destinée à ne sortir que ses propres compositions.

Intrigués par la maturité alarmante de son premier maxi, on a voulu en savoir plus sur ce producteur émergent sorti « out of the blue », pour ne pas citer le titre de son deuxième EP à paraître dans les prochains jours. En résulte ce long entretien qui révèle un artiste passionné et très perfectionniste, suivi d’un podcast tout en subtilité qui trouvera facilement sa place parmi les plus précieux épisodes de notre série.

- English Version -

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Hello Vester, comment ça va ? Tu peux te présenter pour nos lecteurs ?
Hello, je m’appelle Vester Koza et je suis un producteur de Londres. Cette année j’ai lancé mon label Maslo sur lequel je sortirai ma propre musique sous forme de série de maxis.

Ton premier EP a été très bien accueilli par à peu près tout le monde, comment t’as fait pour obtenir une si belle promotion alors que tu es nouveau venu sur la scène et que le maxi est sorti sur ton propre label à peine crée ?
A vrai dire je n’en ai aucune idée… J’ai simplement envoyé quelques copies promo du maxi à des DJs que j’aime bien, puis j’ai contacté des journalistes de Resident Advisor etc… A part ça je suis pas mal sorti à Londres, et j’en ai donc profité pour filer un CD ou un vinyle de mes morceaux aux DJs qui mixaient!

C’est vrai que j’ai eu une belle promo, mais c’était assez compliqué de gérer une campagne de presse entière à moi tout seul alors je ne le referai sans doute plus. J’ai un peu de mal avec Facebook et Twitter vu que je n’avais jamais utilisé ces sites avant, mais là j’ai commencé à m’y mettre peu à peu.

Je pense que le fait d’avoir été soutenu par de nombreux DJs très variés a pas mal contribué à ce succès. Je tiens surtout à remercier Ben UFO pour avoir joué mon track Mosquito dans son set de 4 heures pour Boiler Room, et aussi pour avoir montré la pochette du vinyle à la caméra… J’ai vendu beaucoup de disques cette semaine là!

Pourquoi avoir décidé de créer immédiatement ton propre label au lieu de signer ton premier EP sur des structures déjà existantes ? C’est un projet que tu avais depuis longtemps ?
J’ai envoyé mes démos à quelques labels mais aucun ne m’a fait de proposition. J’écrivais beaucoup de mails, je distribuais mes CDs démo en soirée à Londres mais je n’avais eu aucun retour pendant une longue période, puis j’ai enfin commencé à recevoir des feedbacks positifs d’artistes qui sont des influences majeures pour moi, comme les deux patrons de Workshop (Lowtec et Even Tuell, ndlr), XDB et Madteo. Ils m’ont tous écrit pour me donner des conseils et m’encourager… Tout ça m’a vachement redonné confiance, et j’ai donc commencé à rassembler de l’argent pour créer mon propre label.

C’est après avoir trouvé les fonds nécessaire que des labels ont commencé à me proposer des trucs, mais l’idée de sortir ma musique moi-même me plaisait de plus en plus, alors j’ai refusé.

Tes productions ont une réelle identité et une certaine maturité je trouve, ce qui me fait penser que tu dois faire de la musique depuis longtemps non ? Raconte nous comment tu t’es lancé dans la production, est-ce que tu avais déjà sorti des trucs sous un autre nom avant ou Vester Koza EP est vraiment ton premier maxi ?
Ben d’abord merci pour le compliment, ça fait effectivement une dizaine d’années que je fais de la musique électronique. J’ai fait des études musicales à l’université et j’ai aussi enseigné par la suite. Puis j’ai démissionné pour voir ce que ça donnerait si je me concentrais uniquement sur la production… Je viens d’avoir 30 ans alors « mature » serait le bon mot pour décrire comment je me sens cette année, pour ne pas dire « vieux! » C’est pourquoi je me suis dit qu’il était temps de s’y mettre sérieusement si je veux avoir une carrière dans la musique.

La raison pour laquelle je n’ai rien sorti avant cet EP est que je n’étais pas satisfait par ma musique, que je ne trouvais pas assez au point…Je n’ai aucune envie de faire ce qui a déjà été fait avant moi. J’aime l’expérimentation et la découverte, mon but est de trouver mon son et de suivre mon intuition pour essayer des choses nouvelles, d’une manière qui convienne à mes propres goûts.

Après des années d’insatisfaction à tous les niveaux j’ai fini par réaliser que les choses resteraient sans doute comme ça pour toujours, donc j’ai dû me forcer à enfin commencer ma carrière cette année.

Qu’est-ce qui t’a influencé pour ce disque ? Des producteurs ou labels en particulier ?
C’est difficile à dire pour ce maxi vu que les morceaux ont été enregistrés à différentes périodes, donc j’écoutais des trucs différents à chacune de celles-ci. Mais par exemple les tracks « Mosquito » et « The Way Of The Dub » sont tous les deux influencés par la dub techno et la minimale allemande.

Pour Mosquito j’ai été pas mal influencé par les vieux disques de Wolfgang Voigt/Studio 1, qui sont à la fois intenses et hypnotiques tout en restant très subtils et modérés. J’aime beaucoup le caractère ancien de ces disques car il donne un côté très particulier à l’instrumentation, un peu comme si c’était un élément propre faisant partie des morceaux. Il y a aussi la dégradation naturelle du vinyle qui s’exprime sous forme de crépitements sonores, ce qui ajoute beaucoup de couleur et de personnalité à la musique je trouve, c’est pourquoi je m’en suis aussi servi pour mes propres tracks.

Il y a des influences similaires sur « The Way of the Dub », seulement là je me suis vraiment inspiré de ces vieux disques de dub parfois très mal pressés et de mauvaise qualité, ce qui donne un certain charme au rendu final je trouve! Le concept était de créer une sorte de conflit entre la musique et ces « problèmes techniques », comme si le morceau se forçait à poursuivre son développement malgré les bruits de fond et la saturation.

Pour ce qui est de la musique que j’écoute actuellement je viens tout juste de découvrir un artiste appelé Velocette, qui gérait autrefois le label Parallel Recordings…J’ai acheté quasiment tout ce qu’il a sorti pour une bouchée de pain sur Discogs. Mais si tu regardes les tracklists de mes podcasts précédents, et surtout celui pour NTS, tu y trouveras sans doute des références plus précises!

Parle-nous de Maslo, est-ce que tu avais un concept précis derrière la tête en créant ce label ? Tu prévois de signer aussi d’autres artistes ou tu ne vas y sortir que ta propre musique ?
Pour l’instant Maslo servira à sortir une série de maxis signés Vester Koza, j’aime beaucoup essayer de nouvelles choses et je fais en sorte de ne jamais composer le même genre de morceau deux fois, alors je me suis dit que j’allais tenter de donner à chaque EP une saveur unique avec l’artwork exclusif qui l’accompagne. La B side sera toujours composée d’un simple texte d’info, et le tout sera protégé par une pochette solide. Chaque sortie sera aussi disponible en digital et en écoute sur mon Soundcloud.

J’aimerais aussi sortir la musique d’un très bon ami à moi, il m’a envoyé deux maxis que je trouve géniaux mais il n’en est pas satisfait, alors il ne veut pas me laisser les sortir! Il a passé pas mal de temps sans studio fixe mais il commence enfin à en construire un vrai dans sa cave, donc j’espère pouvoir sortir sa musique bientôt.

Et quels sont tes autres projets ?
En ce moment je passe beaucoup de temps à essayer d’adapter mes DJ sets à ma musique, ce que je trouve très difficile à faire mais aussi très excitant car mes goûts changent et mes influences également, alors j’essaye de construire quelque chose qui ait du sens à partir de tout ça. Cela peut être assez comique d’entendre ta musique mixée avec d’autres morceaux, j’ai été assez frustré par rapport à ça mais au final je suppose que ça a plutôt revigoré ma passion pour le DJing. C’est très important que les gens puissent écouter le genre de musique auquel ils t’associent quand ils viennent te voir jouer.

C’était un bon exercice car j’ai ainsi pu voir quels étaient mes véritables goûts musicaux, et me concentrer dessus. Il y a un côté très introspectif à cela, c’est un peu comme reconstruire un puzzle pour comprendre la racine de tes propres goûts, afin de pouvoir les explorer encore plus profondément jusqu’à obtenir une base solide nécessaire pour aller plus loin et réellement développer ton son.

Je bosse aussi sur mon live, c’est un projet auquel je tiens beaucoup. Je m’en servirai pour tester certains trucs sur lesquels je travaille en ce moment, mais aussi pour jouer les morceaux que les gens connaissent déjà. Sinon j’aimerais bien faire des remixes, j’ai toujours aimé cet exercice et je pense que ce serait une bonne alternative à mon projet principal Maslo.

Maslo

Pour finir, peux-tu présenter le mix que tu as enregistré pour nous ?
J’ai choisi 3 pistes de mon dernier EP en date, et une de celui à paraitre et je m’en suis servi comme point de départ. J’ai ensuite d’abord réfléchi à ce que j’allais y ajouter pour que ça colle bien, puis j’ai essayé de trouver de quelle manière je pourrais emmener les choses un peu plus loin, avec des influences plus larges, tout en gardant quelque chose d’assez concret. A partir de là, j’ai posé a plat la « composition » du podcast, avant de rentrer dans l’étape de mix à proprement parler. J’ai souvent l’impression de commencer directement avec un climax ces temps-ci car j’ai tendance à partir dans la mauvaise direction au départ.

J’ai voulu avoir une approche différente de celle que j’ai eu avec mon récent mix pour NTS, dans lequel j’étais plutôt concentré sur des sonorités brutes, et sur des tracks à gros impact. J’ai donc essayé de changer d’ambiance pour obtenir quelque chose de plus contrasté et « dramatisé. » Avec celui-ci je me suis plutôt concentré sur l’humeur de la musique, et j’ai réalisé une sorte de « set voyage. » Je voulais que ce soit doux et assez linéaire, avec de longues transitions, pour essayer d’obtenir une musique subtilement intense.

C’est un peu une approche « Mix CD » mais avec un esprit live. Je voulais toujours que ça reste brut au fur et à mesure que j’avançais dans mon travail, puis je me suis rendu compte que ce serait une mauvaise idée de sur-faire les choses, donc j’ai décidé de l’enregistrer tant que c’était encore frais dans ma tête.

Il y a dans ce podcast quelques idées de mix que j’utilise pas mal ces temps ci, et le dernier tiers du mix est à peu de choses près identique à la façon dont j’ai clôturé mon set au Dance Tunel à Londres. Je l’avais si bien fini que du coup je suis assez content de pouvoir réutiliser cette ambiance pour un podcast.

J’aime beaucoup les mixes cohérents, et je commence doucement à comprendre que je ne peux pas toujours forcément jouer tout ce que je veux dans un set. Je voulais utiliser des pistes d’artistes qui m’ont influencé d’une manière ou d’une autre, mais fatalement cela comprenait des choses qui sont très éloignées de ce que je fais. J’ai donc bien fait attention à ce que ces morceaux passent bien ensemble, et à ce qu’ils aient un sens mis côte à côte.

J’aimerais changer mes habitudes et faire des mixes qui sonnent différemment, et avec des concepts variés. C’est vraiment un gros chantier, mais comme je l’ai dit plus tôt: il est temps que je m’y mette !

Le nouveau maxi de Vester Koza intitulé « Out Of The Blue » sortira le 27 mai en vinyle et le 3 juin en digital, sur Maslo.

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Download here : (TAL108) Vester Koza – 01.05.2013

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  1. KATAPULT PARTY & BLUE : OPENING - Trace A Line says:

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