Interview | Troy Pierce

On connaît Troy Pierce pour le rôle inestimable qu’il a joué dans le développement de Minus aux côtés de Richie Hawtin et des autres lieutenants du label berlinois, principalement Magda et Marc Houle. Après plusieurs années de bons et loyaux services il était temps pour eux de quitter papa Plastikman pour voler de leurs propres ailes, comme ils le faisaient savoir en août dernier tout en annonçant leur intention de se consacrer uniquement à leur label Items & Things. Alors que l’anniversaire de leur envol approche à grands pas, on a demandé à Troy Pierce de nous faire un petit bilan de cette première année d’indépendance et de nous parler un peu de lui.

- English Version -

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Hello Troy, ça va bien ? Comment se passe ton année pour l’instant ?
Je dois dire qu’elle se passe plutôt bien, j’ai commencé l’année à Hawaii où j’ai fait beaucoup de surf et de crossfit avec mon partenaire de remise en forme Jesse aka Heartthrob. Ensuite j’ai passé février et mars à Los Angeles où j’ai fait encore plus de crossfit, puis je suis retourné à Berlin en avril. Le beau temps et la bonne bouffe me manquent, c’est deux choses assez difficiles à trouver à Berlin…

Cela fait presque un an que tu as quitté Minus pour te concentrer sur Items & Things, quel regard portes-tu sur cette nouvelle aventure ?
Tout se passe très bien pour le moment, tout le monde a été vraiment très encourageant…J’en conclus simplement qu’il faut parfois savoir saisir sa chance et sortir de sa zone de confort pour arriver à quelque chose.

Concernant la direction artistique d’Items & Things, ça doit être assez difficile de prendre des décisions quand vous êtes trois aux commandes du label non ?
Ce n’est pas si difficile que ça en réalité, nous avons un excellent label manager donc tout se passe très tranquillement en général…Bien sûr il y a toujours des désaccords sur certains trucs, mais nous n’avons jamais eu de gros problème à ce niveau là.

Tu as souvent dit que l’une de tes plus grandes motivations était de sortir la musique que tu aimes sur Items & Things, alors peux-tu nous en dire plus sur ton univers musical et ce qui émerge de tes influences ?
J’ai toujours été très attiré par les sons mélancoliques, même la musique que j’écoutais étant plus jeune avait un côté lourd et sombre que peu de gens semblaient apprécier à l’époque…Mais moi c’était vraiment mon truc. Par exemple j’aimais beaucoup Alice in Chains qui passe souvent pour du grunge metal pourri, mais j’ai récemment réécouté certains de leurs titres et j’ai été surpris de voir à quel point leur musique est touchante et triste. Du coup je veux que les artistes que nous signons sur Items & Things aient un univers similaire, on prend beaucoup de temps pour dénicher des producteurs avec une vraie personnalité et un son unique.

Avant que vous ne relanciez le label on avait l’habitude de voir des artistes plutôt expérimentés sur Items & Things comme Click Box, Seth Troxler ou Jimmy Edgar…Maintenant vous semblez vous concentrer davantage sur de nouveaux producteurs, est-ce que vous avez volontairement voulu faire de votre label une sorte de laboratoire pour les jeunes artistes ?
Oui absolument, on sort toujours des disques de Click Box ou Jimmy Edgar mais on a trouvé un nouveau groupe d’artistes moins connus qui produisent une musique que l’on considère plus proche du son que nous avions imaginé pour le label, et on est très contents de les aider à se faire un nom. Richie nous a beaucoup aidés aussi ces dernières années, donc ça nous semblait normal de rendre le même service à une nouvelle génération de producteurs.

Les producteurs français semblent vous avoir tapés dans l’oeil à en juger par les récentes sorties de Clément Meyer, Darabi, Tim Paris et Tomas More…Un petit mot sur la techno française ?
La techno parisienne est très excitante en ce moment, c’est génial de rencontrer des gens qui partagent les mêmes influences que nous et ont une approche similaire de la dance. En plus d’avoir d’excellents goûts, ce sont aussi de très bons producteurs et des mecs vraiment sympas.

Sinon on a beaucoup aimé la nouvelle identité visuelle du label, dont le logo et tous les artworks…Qui s’occupe de ça ?
Ca dépend, plusieurs personnes différentes nous proposent leurs artworks pour chaque nouvelle sortie mais la décision finale revient à moi Marc et Magda, et je pense que c’est ça qui a véritablement donné son identité visuelle au label.

Parle-nous des prochaines sorties sur Items & Things…
La prochaine sortie sera une compilation intitulée Variables, avec 17 morceaux plus ou moins récents d’artistes divers. Plus tard cette année il y aura aussi de nouvelles choses de Magda, Danny Benedettini, Madato et espérons de moi aussi!

Et plus personnellement, maintenant que tu as un « contrôle total » de ta carrière musicale, est-ce que tu as une idée précise de ce que tu voudrais en faire ?
J’espère pouvoir m’éloigner un peu de la dance et me concentrer sur d’autres projets plus expérimentaux…J’aime beaucoup l’idée de créer des accompagnements musicaux pour des films ou des installations artistiques par exemple.

Marc Houle a récemment sorti son nouvel album sur Items & Things alors que ton premier album Gone Astray est sorti il y a cinq ans, est-ce que tu comptes bientôt en faire un nouveau ?
Gone Astray était plus une simple collection de morceaux, je ne le range pas vraiment dans la catégorie « album. » A priori je vais sortir un nouveau maxi d’ici la fin de l’année mais l’album n’est pas pour tout de suite…

Comment t’es-tu lancé dans la musique électronique, et plus spécifiquement dans la techno ? Quels artistes ou morceaux ont particulièrement influencé ta propre carrière ?
J’ai eu la chance d’être au bon endroit au bon moment. J’avais des amis qui allaient à Chicago et Detroit tous les weekends pour faire la fête et j’ai commencé à les suivre. Je pense que ma plus grande influence a été Richie/Plastikman, les soirées qu’il organisait à Detroit et ses albums Sheet One et Consumed m’ont beaucoup aidé à construire ma propre esthétique.

Parle-nous un peu des Etats-Unis…Tu as grandi à quelques heures de Detroit et Chicago, puis je crois que tu as vécu à New York pendant assez longtemps. Avoir vécu là-bas a dû être assez important pour ta carrière non ? Et sinon la scène techno américaine est comment ?
Je n’avais pas vraiment de carrière quand je vivais là-bas, c’est difficile de s’en sortir aux Etats-Unis car il n’y a pas la même culture des clubs et de la danse qu’en Europe (et à Berlin surtout). Mais les choses ont beaucoup changé aux States depuis, et la situation pour les DJs s’améliore de jour en jour.

Pas de nouvelles de Louderbach depuis 2009, est-ce que tu comptes reformer le groupe avec Gibby Miller un de ces jours ?
On a travaillé sur quelques nouveaux morceaux récemment, comme j’ai passé beaucoup de temps à Los Angeles cette année ça nous a permis de nous retrouver en studio pour faire avancer le projet Louderbach.

Et quid de Run Stop Restore, c’est définitivement fini ? On pourrait penser que vous seriez tentés de relancer ce projet maintenant que vous avez votre propre label avec Marc Houle et Magda…
Ce n’est pas définitivement fini, je parlerais plutôt de pause très prolongée. Ce serait super de reprendre Run Stop Restore mais nous n’avons déjà pas assez de temps pour avancer sur  nos projets solo respectifs. Beaucoup de choses ont changé pour nous tous depuis l’époque où l’on faisait RSR…Marc et moi n’avions aucune date, Magda jouait de temps en temps mais nous avions beaucoup de temps libre et très peu de responsabilités. Maintenant c’est plutôt l’exact opposé, c’est déjà assez difficile de se réunir tous les trois pour dîner ensemble, alors pour une session studio…

A l’époque de Minus et surtout ces dernières années vous aviez utilisé de grandes installations techniques et de matos en tout genre pendant vos concerts, notamment pour la tournée Making Contakt…Avec du recul, ça a dû beaucoup vous apporter et vous ouvrir de nouvelles possibilités non ? Donc est-ce que vous comptez réutiliser ce genre d’installations dans le futur ?
La tournée Making Contakt a été incroyable, mais ce fut une très très grosse production. C’était comme des concerts de rock avec une grande équipe qui travaillait dans les coulisses pour s’assurer que tout se passe correctement…Je ne nous imagine pas vraiment refaire quelque chose de similaire dans le futur à vrai dire.

Pour finir, peux-tu nous dire quel a été ton meilleur souvenir de soirée en 2012 ? Y’a-t-il un pays en particulier où tu aimes particulièrement jouer et où les gens sont plus réceptifs au type de techno que tu produis ?
J’ai eu d’excellentes dates en Argentine récemment, au Bahrain et au Mar Del Plata à Buenos Aires. J’ai aussi un bon feeling avec Mexico et le Mexique en général, les gens semblent plus attirés par le vaudou que dans les autres pays.

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