Taxable

Polly Morgan

Dans ces périodes de choix et de responsabilités, il est bon de n’avoir qu’à cliquer pour relancer. Et quand la tristesse l’emporte sur l’espoir, la sélection se fait plus sombre. Quelques incontournables de printemps donc pour noyer les frustrations et les colères du weekend. C’est pas encore l’augmentation du Smic mais on y travaille.

Je voulais un truc rentre-dedans pour commencer, et je tombe sur la track la plus abrutissante du moment. Un minimalisme imbécile avec lequel tu fais corps en instantané. Il faut tout le culot de Barnt pour faire une techno hardie et autoritaire avec trois bouts de ficelle. Ce type est dingue, chacune de ses rares productions en témoigne. Le moment est martial, on se laisse emmener comme le MoDem.

Barnt – Geffen

Les Pachanga Boys ont fait fort avec Time sur leur label Hippe Dance, un quart d’heure assez vertigineux tout en grandes pompes mélodiques. A eux deux, Superpitcher et Rebolledo font du BPitch évolué et débridé, ne se refusant aucune excentricité – je pense à des inanités comme Black Naga. Encore difficile à cerner, le duo joue les patterns binaires épurés avec une petite pointe de funk latino et de délires harmoniques. Le remix en question vient de chez Pschent et l’exercice consiste à remodeler du Slove (qui nous ont fait une chart ici). L’Indie Pop est redessinée au format allemand, les discrètes percussions prenant la place d’une guitare par trop envahissante. L’ostinato se développe progressivement, puis le chant éclate comme une bulle (jouissif).

Slove – Flash (Pachanga Boys Remix)

Je reste dans le bain avec l’album de Tristesse Contemporaine qu’on attendait ici avec impatience. La formation a su réunir dans ce format sa vision de la New Wave, sensible et pluvieuse. Mais attention, pas le crachin breton, non, les gouttes épaisses et les échos britanniques. Le disque est produit par Pilooski, une réussite tant son mixage est agréable. Et plus que revisiter Talking Heads à la sauce crise économique, le trio Tristesse Contemporaine accouche de sacrés moments Synthpop comme celui-ci.

Tristesse Contemporaine – Daytime Nighttime

Bubba fait figure d’outsider, sorte de passerelle entre Miami et Paris. Après un album passé quasiment inaperçu, et de nombreuses productions pas franchement reconnues à leur juste valeur, la conjoncture semble meilleure : ses derniers travaux pour Clouded Vision, Hot Natured ou Nastyfunk séduisent de plus en plus de gangsters en mal de basslines exagérées. Original, décadent et Acid sur les bords, Bubba est actuellement en plein rush. L’occasion de revenir sur une track de 2010 parue chez Extended Play, le genre de piste downtempo, lourde et épique qui me fait tomber. Chaque espace fréquentiel est bourré de sections rythmiques ou bien par ce pad exorbitant. Et cette grosse voix hallucinée, c’est les Daft dans les chiottes du Berghain. Big Hugs.

Bubba – Drugs, Hugs And Thugs

Chez Trace A Line, on a – comme beaucoup – un attrait amusé pour l’artiste loufoque qu’est San Proper. Toujours prêt à prendre le micro pour ambiancer son public en pleine montée, San est un sauvage du vinyle, un Aragorn techno et désinvolte. Côté production, une même envie d’en découdre avec les volumes académiques et les accords bienséants. Sur cette track, chaque piste est barrée, du kick aux alarmes truffées de delay. Grosse fête à grosses gouttes sur un beat tout bancal et une basse hagarde : la tête tourne. Mention au vocal ‘n’importe quoi’ qui sonne comme pas deux. Génialement désabusé.

Dave Aju – All Together Now (San Proper ‘Bye Yoself’ Mix)

Flashback 1981. La mèche flamboyante de Philip Oakey, yeux fermés sur le micro, posté de profil pour faire briller le fond de teint blanc. Campé à l’arrière, un florilège de Roland, Korg et autres Yamaha, les véritables acteurs d’une époque qui doit tant aux tontons Kraftwerk. Si tu es lassé des innombrables copies que le temps amasse, voici l’original, bien plus foufou. Cette version particulièrement, qui met la voix de côté pour se concentrer sur l’essentiel.

Human League – The Things That Dreams Are Made Of

« Tu crois que c’est bon pour les gammes la merde ? »

2 Comments
  1. Plaisir du Plaisir says:

    Intéressante photo.

  2. franprices says:

    Merci pour Bubba, et pour savoir de temps en temps revenir à l’authentique, moment magique lorsque Prosumer a passé human league au Nachtdigital festival dernier !

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