Moneypenny


J’ai soif de décrire quelques coups de coeur. L’envie prend ainsi, parfois, de dévoiler les considérations les plus subjectives planquées derrière des morceaux qui n’en demandaient pas tant. Tentons de ne pas trop déborder. Après une année où notre vocabulaire s’épanouissait volontiers dans les limbes du lexique « Berghain », « dur » ou « berlinois », la quête spirituelle et électronique ouvre de nouveau ses horizons. On ose regarder la lumière du crépuscule et même parler du feeling intemporel de la House, tout ça. Des nappes, des basses chaloupées, des voix souvent efféminées, quelques décalages. Tout provient de ces derniers mois, pour une fois. Choisi avec amour, qui plus est.

Sachant que nous risquons de louer les talents de Tale Of Us toute l’année, j’hésitais à poster ce morceau. Le doute n’est plus permis : j’ai rêvé l’autre nuit que le monde entier en chantait les paroles à l’unisson. Fait avéré, ce remix s’installe partout. La tête, les mains, les platines (notamment celles de Troxler en final de son set à la grand-messe Timewarp), les parties génitales. Comme avec Disco Gnome, le morceau s’avère d’une simplicité stupéfiante. Un équilibre parfait, entre pop lancinante et groove minimaliste, magnifié par une basse aphrodisiaque et inimitable. Une question : should I call you up ?

Who Made Who – Every Minute Alone (Tale Of Us Remix)

Je désirais poster celui-ci depuis des lustres. Miguel Barros enfile le large costume du clown triste pour cette bombe downtempo aux confins du cheesy. Noyée dans les nappes d’accords, une voix Thom Yorke-esque émet une complainte interminable, concurrencée par de petits vocaux rose bonbon. Ça pleure, ça en jette. Un bain qui ne refroidit jamais. Pional a récidivé depuis avec We Have Been Waiting For You, une ballade Pop-house toujours chez Hivern Discs. Un nouveau talent pour l’Espagne.

Pional – In Another Room

Planet E a décidé de fêter ses 20 ans en multipliant les bonnes releases. En véritable highlight de ce début d’année, la relecture de Can’t Take It est une bonne tranche de House fourrée aux nappes filtrées et autres voix soulful. Le tout dans une finition à la fois crade et raffinée, qui craque un peu. Les bons penchants de Milton Jackson, en somme. Une version à la hauteur de l’excellent artiste qu’est Recloose (et de sa biographie légendaire). Et elle groove à souhait.

Recloose – Can’t Take It (Milton Jackson Remix)

Fini de sourire. C’est les yeux plissés et la bouche ouverte qu’on subit généralement ce genre de marteau de guerre. Mark Henning possède un certain don pour les ambiances pesantes et les sons grassouillets. A l’occasion de cette contribution au label Cityfox, ses rythmiques habituellement glaciales se teintent de House. L’introduction rampe comme un serpent enrhumé. Soudain, sa progression sinusoïdale s’arrête net, et le couperet sonore tombe comme s’effondrent les Twin Towers. Cela prend tout son sens dans un club sombre, la déferlante profitant de la réverbération des murs moites.

Mark Henning – Collider

La photo qui illustre le disque dit tout : une communauté non identifiée crucifie des hérétiques coiffés de feuilles de palmiers. Funeste et psychédélique, le second EP de Ghost Note est une intrigante salade de riffs poussiéreux et de choeurs malsains. Quelqu’un a appelé ça « Horror Disco », c’est dans l’idée malheureusement. Ceux qui ont passé leurs matinées de bambin à halluciner devant Jumanji voient probablement ce que je tente de décrire. Surtout l’épisode où le chien devient géant, avec un dessin délicieusement torturé. En passant, l’autre face constitue également un joyau d’angoisse.

Ghost Note – Abularyo

Il manquait un annonciateur des beaux jours, une perle pour se prélasser chemin des Boutats. D’abord les candidats refoulés : Franklin De Costa et son génial EP Queen Of Mars, avec notamment le titre Pigs In Space, tellement dense et huileux qu’il en devient indigeste à l’écoute. Le dernier Todd Terje aussi, Ragysh, un sans faute après des années d’absence (écoutez au moins Snooze 4 Love). La tâche revient à Lee Foss. Extrait de son nouveau maxi solo sur Culprit, Cabin Party séduira d’emblée les amateurs du genre. Beats funky, mélodies proéminentes et lumineuses mènent la barque. Le second vocal signe l’apogée du titre en insufflant cette charge émotionnelle qui fait tout. Moi ça me tue. Sacré Lee.

Lee Foss – Cabin Party

3 Comments
  1. Louj Freske says:

    Très très bonne sélection, Amazing !
    (Partir faire la fête sur la cordillère en Cabine téléphérique..)

  2. Gérard de Suresnes says:

    Belle sélection, mention spé pour le pional.

  3. stjames says:

    C’est vrai que l’on entend partout le tales of us, faut dire qu’il est bon ! j’en profite dire que la tape de Kenton Slash DEmon est pire que monstrueuse… Ouahou… Il ne manque plus que la playlist ;)

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