Zoom | Clement Meyer – Piece By Piece EP

Le N.A.M.E, pour ceux qui ne connaissent pas, c’est avant tout un festival. Ou plus clairement le meilleur festival musical du Nord de la France, celui qui a reçu en septembre dernier une poignée d’artistes tous aussi différents que complémentaires ; sur deux jours mais surtout sur deux nuits, l’electro mainstream a eu sa part du gâteau, de Club Cheval (Myd) à Ed Banger (Uffie/Busy P), presque autant que le line up techno dévastateur du lendemain, responsable d’un véritable branle-bas de combat dans un vieux hangar maquillé pour l’occasion en club aux allures berlinoises. En l’espace d’un week end, Lille et ses alentours ont donc vu défiler autant de gros noms de la scène internationale (Ellen Allien, Chloé, Robag Wruhme, Agaric, Clement Meyer, Laurent Garnier, Maetrik) que des futurs espoirs issus de la scène locale : Czeski, Elagua, Matthus Raman, APM001, UFO, James Bacon.

Tout ces noms, c’est aussi en partie ceux qui forment la branche label de la structure. Lancé il y a plus d’un an, c’est derrière le doux nom de Family N.A.M.E que toute l’équipe travaille d’arrache-pied pour concrétiser à la production ce qu’ils ont commencé dans l’organisation. Une démarche remarquable, surtout quand on sait que les releases sont imprimées en vinyles ; par les temps qui courent, à l’image du dépôt de bilan de Freak N’Chic il y a peu, les nouveaux labels français ambitieux, éclectiques et soucieux de garantir des sorties de qualité, il y en a vraiment peu.

So, revenons en à l’essentiel et dressons un court bilan artistique : le Family N.A.M.E, c’est trois maxis, signés Elagua et APM 001, deux fois ; remixés entre autres par Cardini, Chloé, Radio Slave, Sei A, Anthony Collins. Les bases sont posées, et d’emblée on sait à qui on a à faire, mais surtout à quoi : la techno dans l’essence même de sa signification, dancefloor la plupart du temps, sur fonds de covers immatriculées « PEACE » qui frôlent la quintessence du mauvais goût, mais franchement ça, on leur pardonnera. Et à l’occasion de la venue du premier « gros nom » dans la courte discographie du label, on se devait donc d’en faire un papier, afin de voir de quoi il retourne. Ce maxi, c’est Clement Meyer qui en est à l’origine ; aujourd’hui dans les bacs en vinyle, la veille de noël en digital, il s’appelle Piece By Piece EP, on écoute et on décortique.

A l’écoute du morceau original, lorsqu’on connait la patte sombre et lugubre de celui qu’on aime qualifier comme l’un des artistes techno les plus prometteurs de sa génération, Clement Meyer ne surprendra pas grand monde. On ne lui en voudra pas, loin de là, d’autant plus qu’on sait que ce morceau, comme la plupart de ceux qui sont sortit cette année, a été produit et dealé il y a un bout de temps déjà. La formule reste globalement la même ; en fil conducteur, de grosses basses en cascade sur lesquelles vient se greffer une batterie magnifiquement bien travaillée, rythmiquement sans faiblesse et sans temps mort, comme à son habitude. Quelques notes de synthé glacial et quelques fx plus tard, au détour d’un cut, Meyer nous aura encore eu. Diablement efficace, à défaut d’être follement original.

S’en suit le gros coup de cœur de ce maxi : le remix de Maetrik. Capable de produire de gros tubes avec seulement une basse, un kick, un snare, un clap et quelques effets, il nous avait habitué sur cette fin d’année à une forme de techno un peu décharnée, une techno calibrée dans le less is more, à l’image de son récent remix pour Max Cooper, subtilement dévastateur. On passe ici dans un tout autre registre, dans la composition j’entends ; à la limite du gros bordel, on comprend pas vraiment ce qui se passe, et les pistes deviennent très vite difficiles à discerner. Sur fond de bruit blanc aux airs lo-fi un peu mystique, Maetrik empile les éléments, joue avec les volumes, se permet le luxe de foutre en boucle un vocal primitif et répétitif cinq minutes durant sans qu’on s’en lasse vraiment. C’est crade et maculé, complètement dancefloor et juste totalement dingue. Clairement le meilleur morceau de cet EP. Clairement l’un des meilleurs producteurs de cette année. Huge.

Le tracklisting de la version vinyle se ferme sur un remix d’Elagua, beaucoup moins incisif, mais beaucoup plus planant. Ceux qui avaient signés la troisième release du label il y a quelques mois, remixé pour l’occasion par Meyer, lui rendent la pareille en cette fin d’année. On rentre formellement dans une techno plus progressive, avec une batterie légère tout en mélodie, des nappes omniprésentes et envoutantes, un vocal sensuel et délicat. Un bon rework, qui redonne le sourire par ce temps – disons le -  de merde. Le seul point négatif, c’est la durée : dix minutes un peu trop longues à mon goût.

On entame la release digitale avec Mlle Caro & Frank Garcia. Calmement et en douceur, mais sans jamais se départir d’un certain esprit dancefloor et groovy, sur la base d’un synthé langoureux, le duo nous offre une interprétation qui leur ressemble : romanesque et sensible. On est très très loin du morceau original, mais rien que pour la beauté du rendu, je dis oui. Puis on rejoint très sereinement les sentiers battus de la techno, avec deux producteurs lillois en devenir ; Matthus Raman tout d’abord, qui s’adonne à une relecture clairement minimale de ce Piece By Piece. Le temps de sept petites minutes, il dessine les contours d’un univers angoissant et étouffant, métallique et rugueux : tout en tension, on lui décerne la palme d’or du remix qui fait le plus flipper. Pour finir, et c’est peut être bien la bonne surprise de ce maxi, Oscar Lambretta. Plus connu dans la scène local sous le pseudonyme d’UFO, ce résident du Kiosk balance ici un rework complément vrillé, tout en progression, qui n’est pas sans rappeler quelques sonorités à la Booka Shade ou M.A.N.D.Y. Belle découverte, qui clôt brillamment un maxi peut être un peu trop surchargé au final, mais qui reste constant dans la qualité. Chacun s’y retrouvera, et personnellement je suis conquis.

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Tracklist :
1. Piece By Piece
2. Piece By Piece (Maetrik Remix)
3. Piece By Piece (Elagua Remix)
4. Piece By Piece (Mlle Caro & Frank Garcia Remix)
5. Piece By Piece (Matthus Raman Remix)
6. Piece By Piece (Oscar Lambretta Remix)

Sortie prévue le 24 décembre.

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1 comment
  1. RA says:

    Le remix de Maetrik est fou.

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