Interview | Mondkopf

Ecrire une présentation rapide de Mondkopf (tête de lune en allemand, ça t’annonce la couleur) relève quasiment du défi, en ce qui me concerne. Hormis le problème technique que cela soulève (j’ai séché les cours de solfège électro), son travail va bien au delà de la simple efficacité ou non des morceaux.
Galaxy Of Nowhere, c’est un peu ce qui manquait aux productions de l’époque (j’te sors cette phrase la tête haute comme si je m’y connaissais un max). Un truc avec du cœur (mais pas fleur bleue pour autant), qui te prend aux tripes sans t’en rendre compte, une suite de sons mécaniques, froids, bidouillés avec talent. A la manière d’un M83, Mondkopf raconte des histoires. Un sorcier plus qu’un bon mécano. Façon le trip aux plantes des indiens, sans le côté world maisons en glaise. ça te fait planer haut, très haut.
Le grand Toulousain timide et plein de talent signé chez Asphalt Duchess, nous a donc accordé une entrevue d’une petite heure, accompagné de son manager, Guillaume (Redhotcar), rédacteur chez Fluokids et gérant du label Fool House. La suite ci-dessous.

Préface en guest par l’amie Hansy du blog Catch Me If You Can Baby.

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On va commencer par ton actualité, tu en es où, tu fais quoi ? Tes projets ?
Eh bien en ce moment je travaille sur mon nouvel album qui va sortir chez Asphalt Duchess, comme le précédent. Je reçois des parties d’instruments que j’ai fait faire enregistrer, et je suis en train de mixer tout ça pour finaliser l’album. Actuellement je travaille aussi sur mon nouveau live…

Tu parles de parties d’instruments, c’est plutôt orchestral ou c’est des pistes de formation rock classique, ou autre chose encore ?
Ce sera surtout orchestral oui, ça va être des cuivres, des cordes, pas mal de voix aussi, donc non c’est pas vraiment rock.

Quelques featurings à prévoir du coup ?
Non pas de featuring, c’est plus des samples et des petites contributions mais pas des featurings à proprement parler…

Ton dernier EP qui vient de sortir est beaucoup plus sombre, ça part dans des sonorités limite drone… Est-ce que l’album sera dans cette lignée là ?
Ce sera pas totalement comme cet EP, ce sera plus sombre c’est sûr… Mais les morceaux sur l’EP sont plus vieux que ceux du nouvel album, ils datent presque de l’époque de Galaxy of Nowhere mais on avait un peu de difficulté à les sortir. En tout cas ce sera pas pareil, l’album sera un peu moins techno, un peu moins influencé trance que Deaf House, je sais pas trop comment le décrire, peut être plus urgent, plus sauvage…

On sent en effet qu’il y a, ou du moins qu’il y avait, une grosse influence trance dans tes productions..C’est assez peu courant, d’où est-ce que ça t’est venu ?
Je crois que j’ai toujours un peu aimé ce genre de mélodies cheesy, quand j’étais gosse j’écoutais pas mal de trucs kitsch, genre Robert Miles. Puis plus tard c’est revenu au goût du jour avec Modeselektor, et j’ai réécouté pas mal de trucs belges des années 90… Et je sais pas, il y a un côté très second degré, moi ça me touche beaucoup.

Après au niveau des Disco Dawn Boys, je ne sais pas si c’est toujours d’actualité, mais vous en êtes où avec Guillaume ?
Pour l’instant c’est en standby parce que j’ai pas mal de choses à faire, mais c’est vrai que dès qu’on a un peu de temps on essaie de faire de la musique ensemble. Pour l’instant on a pas envie de sortir quoi que ce soit parce qu’on ne s’en sent pas prêt et qu’on n’en voit pas trop l’intérêt… On veut plutôt prendre notre temps, et c’est surtout pour nous divertir tous les deux qu’on a crée ce projet. Par contre, dès qu’on en a l’occasion, on fait des DJ Sets tous les deux…

Pour revenir sur ton actu, ton album « Galaxy of Nowhere » sort à peine maintenant à l’étranger, est-ce que tu prévois une tournée “mondiale” ?
Je parlerais pas de tournée mondiale, j’ai quelques dates a l’étranger mais on ne peut pas vraiment dire que c’est une tournée… C’est juste des dates les unes après les autres, mais il n’y a pas de grosse promo à l’étranger.

Et pourquoi seulement maintenant ?
Tout simplement parce qu’on n’avait malheureusement pas de distributeurs à l’étranger. Le label vient à peine de finaliser les deals avec eux. Ce sont des choses qui prennent du temps, surtout pour un premier album, c’est compliqué de le sortir tout de suite à l’étranger. Là pour l’instant on sort l’album dans une quinzaine de pays (Angleterre, Allemagne…). En fait il y a deux stratégies, soit t’attends longtemps pour faire ton album, tu conclues tous les deals et tu fais grossir le buzz en sortant peu de choses et puis au bout d’un moment tu sors ton album partout. Ou alors tu peux faire ce que nous on a fait, l’album au moment où il est sorti en France ca faisait déjà un moment qu’il était prêt, et  quand on a rencontré Asphalt Duchess et qu’on a signé, la logique dans laquelle on était c’était de sortir l’album le plus vite possible. Mais en tout cas on pensait pas que c’était aussi difficile de sortir un album rapidement en dehors de son pays, et vu le succès que ça a eu c’est finalement devenu possible mais c’était pas vraiment le plan de départ quoi.

Et avant la sortie de l’album à l’étranger, tu avais déjà eu des retours grâce à Internet ?
Le problème c’est qu’il n’y a pas eu de promo à l’étranger, mais l’album est quand même sorti à l’international en digital… Et on a pas mal halluciné puisque sur iTunes il était 15è des ventes de musique électronique, devant Laurent Garnier qui a sorti son album presque en même temps. Sinon on a eu quelques retours sur des forums oui, plutôt bons. Et là depuis la sortie physique on a eu pas mal de chroniques dans des magazines anglais ou allemands, par exemple révélation du mois dans iDJ en UK. Mais en gros ils disaient surtout que c’était surprenant, frais et nouveau et que la suite était attendue.

Tu parlais d’Asphalt Duchess… C’est un label qui sort peu de choses, comment s’est déroulée votre rencontre ?
A là base j’avais fait un remix pour eux, pour Numéro #, et après c’est Guillaume qui s’est occupé de la rencontre, des contrats, des deals… Mais moi je les connaissais d’avant parce qu’ils sortaient des albums de pop-folktronica que j’écoutais pas mal, après je pensais vraiment pas qu’ils signaient de l’électro….

Guillaume (Redhotcar) : Bah en fait on s’est croisé plusieurs fois en soirée à Paris au moment où moi je commençais à envoyer pas mal de démos de Paul, pas forcément à des labels. Et c’est tombé au moment où Paul avait 20 tracks de prêts, donc on s’est dit que ce serait bien de penser à un album… Et en fait moi je n’avais repéré aucun label électro français qui me plaisait vraiment. Du coup j’ai rencontré ces gens qui avaient déjà demandé un remix et qui avaient une vision différente des choses, en plus ils avaient un catalogue qui collait relativement bien aux goûts de Paul. Moi je pensais que sa musique pouvait plaire davantage au grand public, pas forcément des gens qui écoutent de l’électro à la base… Donc on a essayé de travailler avec un label qui ait une vision un peu plus large. On avait eu pas mal de propositions d’autres labels, mais humainement ceux de Asphalt Duchess étaient les plus ouverts et nous laissaient faire un peu ce qu’on voulait. On était très libres…

Dans cette démarche pré-album, vous n’avez jamais pensé à sortir ça sur Fool House, puisque le premier maxi était sorti dessus ?
Guillaume (Redhotcar) : On y a pensé, mais en fait le concept de Fool House c’est de faire que des one-shot, et de permettre à un artiste de décoller et d’être dans le radar de plus gros labels. En plus nous on était encore un jeune label, et on ne voulait pas trop se risquer à sortir un album tout de suite. En plus moi je suis plus dans une logique de vinyle et j’ai pas envie d’avoir trop de maxis d’un même artiste, même si maintenant je me dis que je suis un peu frustré de ne pas continuer à travailler avec des artistes que j’aime…

Tu as aussi sorti un maxi sur Citizen, Nuits Sauvages, c’était juste un one-shot également ?
Oui, disons qu’on avait pas la même vision des choses avec Citizen. C’est surtout qu’on aimait pas forcement les mêmes morceaux, du coup je me voyais mal continuer avec eux. Après c’était bien de le sortir chez eux, ils sont cools, mais c’est vrai que je me sens pas à l’aise dès que j’ai une sorte de barrage, j’ai besoin d’avoir les mains libres…

Donc vous êtes dans une optique plutôt autonome en fait…
Oui c’est vraiment ça, on n’est pas dans l’autoproduction mais on fonctionne pour avoir un maximum de liberté. Ce qui est marrant c’est qu’avant que sorte Galaxy of Nowhere c’était pas la folie, et dès qu’il est sorti il y a plein de labels qui sont venus dire que c’était bien Mondkopf etc, et on aurait pu fouiller de ce côté là pour un nouveau maxi mais vu notre manière de travailler, quitte à avoir moins de moyens pour le marketing et autres on préférait avoir plus de liberté et donc continuer avec Asphalt Duchess…

Au niveau des remixes, est-ce que c’est toi qui démarches les artistes que tu aimes bien, ou c’est plutôt des commandes ?
A part pour La Féline, parce que c’est des potes et que donc je les ai démarchés, je ne me permets pas d’aller demander à remixer des gens, c’est plutôt des commandes de la part des labels ou des artistes qui viennent vers moi…

Remixer Aufgang aux côtés de Robert Hood c’est un peu le summum, ca fait quoi d’atterrir sur un plus gros label assez minimal techno tel que Infiné ?
Oui j’étais super content, c’est un bon label et j’étais ravi d’apprendre que j’allais en faire partie. Mais dans un sens j’avais un peu peur de passer pour le remix le plus nul… Mais c’est sûr que c’est plaisant de se retrouver à côté d’un gros nom comme ça quoi.

A propos de tes clips qui sont toujours très travaillés, est-ce que tu y participes beaucoup ou est-ce qu’on te propose des trucs et tu dis « ça me plaît », « ça me plaît pas » ? Et est-ce que tu trouves qu’ils représentent bien ta musique ?
Alors moi je ne travaille pas du tout dessus… Je ne pense pas vraiment que ça représente bien ma musique, ni mal non plus. En fait je laisse faire les autres, si ça plaît au label tant mieux. Pour le clip d’Ave Maria, c’est une boîte qui a filmé et qui nous a proposé quelque chose, j’ai juste dit ce que je voulais modifier etc… Mais non sinon c’est vrai que je ne m’investis pas trop là dedans, sûrement par flemme…

C’est assez étonnant parce que t’as toujours voulu travailler dans le cinéma, et pourtant tu n’as pas l’air de vouloir t’investir plus dans ce milieu-là…
C’est vrai que j’ai toujours voulu faire des études de cinéma, mais paradoxalement j’ai un peu peur de m’impliquer là-dedans, peut-être parce que finalement je ne m’y connais pas assez en clips, c’est un peu particulier… Y’a aussi le manque de moyens, parce que j’ai beaucoup d’ambitions, beaucoup d’envies mais pas forcément les moyens pour démarcher des réalisateurs connus qui sauraient les mettre en forme. Mais maintenant je commence petit à petit à m’investir un peu plus…

Et donc toi qui t’intéresses beaucoup au cinéma, tu as déjà pensé à faire la B.O d’un film ?
Oui, j’ai d’ailleurs déjà été contacté pour faire la B.O. d’un film mais il y a eu des problèmes de production… Le tournage a été plusieurs fois reporté et je ne sais pas trop où ça en est, je ne sais pas si ça va se faire finalement. Mais ça me fait un peu peur parce que c’est un travail assez conséquent. Donc ça m’attire vraiment, tout comme ça me fait peur…

C’était quoi en gros le pitch du film ?
C’est quatre jeunes parisiens qui se retrouvent autour d’un club, quatre destinées. C’est un film un peu crépusculaire, ça se passe soit à l’aube soit à la tombée de la nuit, et il y a une ambiance assez aérienne que je trouvais sympa. J’aimais bien comment ils filmaient la ville et ce côté un peu urbain…

Sinon, c’est vrai que t’es assez à part musicalement de ce qu’on peut entendre aujourd’hui, et tu es apprécié autant par la scène maximale que la scène minimale, sans rentrer dans le cliché. Et pourtant quand tu fais des mixes, comme ceux pour France Inter ou Tsugi, ca reste très axé techno alors que dans les soirées t’es plutôt booké avec des artistes banger… Ca te dérange pas d’être placé un peu à l’écart de la scène dont tu sens le plus proche comme ça ?
Je ne sais pas si je suis écarté, mais je suis un peu tombé dans la période French Touch 2.jesaispluscombien, du coup je suis associé à ça alors que je ne suis pas trop dans ce délire là… Et c’est vrai que du coup mon truc c’est plutôt les gros sets techno au Rex, plus que les soirées Ed Banger ou je sais pas quoi. J’aimerais vraiment pouvoir mixer ce que je veux en techno avec un public plus réactif mais je me rends compte qu’en club tout le monde apprécie ce que je joue, que ce soit un live ou un set, et je m’en étonne toujours un peu vu que c’est surtout des gens qui écoutent de la musique « maximale » comme vous dites. Mais c’est vrai que j’aimerais beaucoup être dans un circuit de DJ et aller jouer dans des gros clubs techno comme le Berghain par exemple…

Justement des DJ-Sets tu en fais assez peu, pourquoi ?
Eh bien justement, j’aimerais en faire plus… Mais les bookers en général préfèrent un live, ça attire davantage. J’ai commencé par faire des lives alors que beaucoup de DJ faisaient des sets. Du coup je me retrouve un peu coincé dans le live alors que j’ai surtout envie de faire des DJ sets en ce moment…

Et sinon est-ce que tu peux nous parler de tes débuts avec le collectif Fluokids ?
Je les ai connus par Guillaume. J’ai connu Guillaume sur un forum de musique il y a au moins 6, 7 ans et je l’ai rencontré en vrai il y a 4 ans. Puis lui a commencé à écrire sur Fluokids, et on est tous montés sur Paris où on a fini par se rencontrer, et ça a tout de suite accroché. Il y avait une très bonne ambiance en général au sein de collectif…

Récemment au niveau des sorties musicales électroniques, qu’est-ce qui t’a plu, moins plu ?
Cette année il y a le dernier album des Emeralds, qui sont très productifs… C’est plus de l’electro old school, assez influencé par Tangerine Dream, ce genre de trucs. Après j’écoute pas mal d’ambient. Mais j’écoute plus trop d’électro ou de techno à proprement parler, à part Clark et Autechre qui sont un peu des dinosaures…

Justement tu parles du label Warp avec Autechre et Clark qui sont plus dans une veine IDM/ambient, tu comptes en produire un jour ou t’es juste auditeur ?
Non, parfois je fais des morceaux pour moi même comme ça, mais quand je produis, je me dis pas « je vais faire de l’ambient »… Les morceaux viennent tout seuls. Je ne pars pas sur des idées précises mais si un jour j’arrive à réunir une dizaine de morceaux, oui pourquoi pas sortir un album d’ambient…

Dans un registre différent, j’ai vu sur LastFM que tu appréciais pas mal le label HydraHead, tu t’intéresses beaucoup à la scène hardcore ?
Ouais, carrément, ça fait deux ans que je m’y intéresse. J’ai redécouvert toute la discographie des Black Sabbath, puis ça m’a donné envie de m’intéresser à des labels expérimentaux comme Southern Lords qui sortent Sunn O))), et je me suis pris de passion pour ce genre de musiques un peu extrêmes comme le Black Metal ou même le Stoner anglais ou américain. C’est vraiment une musique qui me passionne en ce moment, j’écoute plus que ça.

Aucun projet pour monter un groupe de metal ?
(rires) Non, je ne sais jouer d’aucun instrument malheureusement, j’aimerais bien jouer de la guitare à fond comme eux… Peut-être qu’un jour je monterai un groupe marionnette ou je leur dirai de faire ceci, cela…

Avant de te laisser, il n’y a pratiquement pas de dates sur ton MySpace, tu as quoi de prévu pour cet été ?
Ce week-end je vais à Stockholm pour la fête de la musique, Cannes avec le Pantiero, le Social, un Dj Set dans un petit festival à Cahors près de Toulouse le 13 Août… Je passe aussi aux Solidays et à Dijon avec Guillaume. On n’a pas de booker à l’étranger donc du coup on reste surtout en France parce que c’est compliqué pour les bookers français de gérer quelque chose à l’étranger, ne serait-ce qu’en Europe…

Un petit mot pour la fin ?
Alors je redoute toujours cette question, ça fait toujours passer pour un débile si on sait pas quoi dire. Alors le mot de la fin sera « débile » tiens… (rires)

Très bien ! Merci beaucoup à vous et bonne continuation.
Merci, vous aussi.

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Merci à Paul (Mondkopf) et Guillaume de Fluokids/Fool House évidemment.

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