Interview | Siskid

Fondateur du label Meant Records avec Remain, Siskid est de ceux qui font les beaux jours du paysage électronique français. Un temps musicien au sein du groupe Blackstrobe, il se consacre aujourd’hui à ses deux projets Animal Machine et Siskid, dont le nouveau maxi Gun Stubs vient tout juste de sortir sur sa propre structure. A la frontière entre acoustique et électronique, Siskid possède ce son bien particulier qui en fait l’un des artistes les plus prometteurs du moment. Rencontre avec un passionné…

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Tu es né à Manchester, peux-tu nous parler un peu de cette période et de ton premier contact avec la musique?
Je suis né et élevé là-bas, mes deux parents sont anglais et mon père d’origine indienne. Ensuite j’ai déménagé à Paris à l’âge de 15 ans pour rejoindre ma mère, même si je retourne régulièrement en Angleterre. Sinon j’ai commencé la musique à l’âge de 6 ans, et même si je ne suis pas un virtuose j’ai appris à jouer de quelques instruments. Puis au bout d’un moment j’ai voulu faire mon petit con rebelle comme tout le monde et faire ma propre éducation: j’ai eu la chance d’avoir des cousins qui sortaient beaucoup et qui écoutaient de la bonne musique, donc ça m’a beaucoup apporté musicalement parlant. Mes principales influences, je les dois à des groupes comme Joy Division, My Bloody Valentine, The Stone Roses, Primal Scream lorsque Weatherall les a produits ou encore NineInchNails parce que je trouvais la synthèse entre acoustique et électronique bien faite et que j’ai toujours été fasciné par ce mélange des deux.

Et la scène rock actuelle, t’en penses quoi? Est-ce que tu penses que des groupes comme ceux que tu as cité pourraient renaître aujourd’hui ou est-ce que c’est une période révolue?
Même si je continue à me tenir au courant en bon passionné, j’ai plutôt tendance à rester fidèle aux groupes que j’ai toujours écouté et c’est vrai que je trouve moins de choses qui me touchent aujourd’hui, à part peut-être les Kills, les Klaxons, Blood Red Shoes, The Horrors même si c’est un produit purement surfait, mais les morceaux sont bons. Pour répondre à la deuxième question je pense que si un groupe comme Joy Division ou My Bloody Valentine sortait un album aujourd’hui, je ne suis pas sûr que ça aurait un impact historiquement et culturellement parlant car ces groupes sont vraiment inscrits dans un moment, ils appartiennent à une époque bien précise qui n’est pas la même qu’aujourd’hui.

Est-ce que tu as toujours été prédestiné à la musique ou est-ce que ça t’est venu à un moment donné?
Il paraît que quand j’étais dans mon berceau, j’étais très réactif au jeu de piano de ma grand-mère, je ne sais pas trop si ça signifie quelque chose vu que je suis sûrement loin d’être le seul à avoir fait ça étant bébé. Sinon j’ai suivi un parcours très classique: on m’a mis au piano à l’âge de 6 ans, puis mon envie de faire de la musique s’est faite assez naturellement dans le sens où c’est le seul truc qui me touche au point que j’ai voulu en faire quelque chose. Après je pense que j’ai aussi eu cette volonté de m’exprimer par la musique et de dire ce que j’avais à dire autrement que par des mots.

Comment as-tu découvert la musique électronique? Les raves en Angleterre y sont sûrement pour quelque chose ?
Justement je n’ai pas découvert la musique électronique par son côté club, par sa fonction qui est de faire danser les gens. J’ai vraiment découvert cette musique par l’album « Selected Ambient Works 85-92″ de Aphex Twin et « Little Fluffy Clouds » de The Orb. J’étais dans la voiture avec mes cousins, un petit peu dans un état second et j’entends ça, ces morceaux qui étaient pour moi la passerelle entre tout ce que j’avais pu écouter en rock indé et cette musique faite avec un autre moyen, électronique en l’occurrence. C’est là que j’ai vraiment commencé à m’intéresser à ce type de son même si la culture club est arrivée bien après, lorsque j’ai commencé à mixer.

Finalement t’as découvert cette musique par  ce qu’on appelle l’IDM ou l’electronica, pas vraiment la techno ou la house…
C’est exactement ça, disons que ma découverte de l’électronique s’est faite à travers des morceaux construits et écrits vraiment pour l’écoute, plus que pour répondre à une démarche, un code fonctionnel qui est le club…Bien sûr je ne veux pas du tout dire que les tracks techno ou house ne sont pas des morceaux!

Ton travail au sein de Black Strobe a été un moment crucial de ta carrière…Comment ça s’est passé exactement?
Arnaud Rebotini m’a contacté suite à la sortie d’un disque d’Animal Machine qui est mon projet plus axé rock. On s’est rencontré puis il m’a demandé de faire la résidence avec lui au Pulp, et de fil en aiguille il m’a rapidement proposé de faire des essais pour le projet Black Strobe. Je l’ai fait, ça a été validé et j’ai rencontré Ivan Smagghe même si je ne le voyais pas très souvent comme il joue beaucoup. J’ai donc été musicien de Black Strobe pendant 3 ans (guitare, basse, clavier), en live et en studio, puis j’ai quitté le groupe en novembre 2007 exactement. Je suis très fier de cette période passée avec Black Strobe car c’est vraiment un groupe qui me correspondait musicalement, j’adorais autant les remixes que les originaux donc forcément je ne pouvais que cautionner.

Tu gardes quels souvenirs de ta résidence au Pulp?
Excellent! Par rapport à son parcours et à son histoire c’était un peu ton CBGB ou ton Haçienda à toi, le Pulp c’était vraiment le club où tu pouvais faire ce que tu voulais, jouer ce que tu voulais, le genre de petite boîte qui sans trop savoir pourquoi a un impact fou sur les gens. Musicalement c’était juste le rêve, tu pouvais entendre de tout mais c’était toujours sans faire une espèce de truc underground hyper pointu. T’avais accès à de la très bonne musique, à la fois difficile à écouter en dehors du contexte mais aussi très accessible à notre niveau. Je regrette que le club ait fermé en 2007 car il aurait carrément autant d’impact aujourd’hui qu’à l’époque, si le Pulp existait encore ça resterait la Mecque pour moi. Je me sens un peu moins concerné par un club comme le Social parce que je ne m’y sens pas vraiment à ma place, même s’ils font un boulot génial, mais quand je jouais avec Arnaud au Pulp ou que j’ai repris la résidence de Chloé avec Remain, c’était juste parfait quoi.

La nuit parisienne actuelle, tu la trouves comment ? Le Rex est quand même un très bon club non?
Carrément, j’adore le Rex, toutes les fois où j’y ai joué j’ai passé un très bon moment! Après moi je parle de cette espèce de truc totalement indicible et abstrait qui se passait au Pulp, y’avait une espèce de messe qui se passait là-bas, une communion qu’on ne retrouve nulle part ailleurs. Pour la nuit parisienne, j’ai pas envie de faire le blasé parce que c’est un discours qui me fatigue et je trouve qu’il y a quand même de supers choses qui se passent à Paris grâce à des gens qui se bougent le cul, les We Love par exemple, ou encore le travail de Filipe Alves de Webecome (Régine). Par contre ce qui me rend un peu sceptique par moments c’est le public: moi je passe le son que je kiffe, que ça ait deux ans ou deux jours je m’en fous du moment que le morceau est bon, et je comprends pas trop les gens qui viennent pester car un set n’est pas assez hype ou ne leur correspond pas bien. En tout cas je continue à dire qu’on a quand même accès à des choses géniales à Paris, y’a pas besoin d’être forcément à Berlin pour que tout soit mieux surtout que là-bas c’est «Zombieland», commencer une soirée vendredi pour la terminer lundi c’est pas une fin en soi quoi.

Pour sortir un peu de la nuit parisienne, on entend souvent dans tes productions ce son rock sûrement lié au background Black Strobe avec des basses, des guitares, et on se demandait quelle était ton approche de la production et comment tu envisageais les machines?
En fait c’est simple, j’ai fait beaucoup d’enregistrement et j’ai mes propres banques de son surtout rythmiques, et comme vous l’avez compris j’adore mêler acoustique et électronique. Comme j’aime pas me perdre dans plein de trucs, je préfère ne pas avoir beaucoup et toujours essayer de travailler la matière pour essayer d’avoir quelque chose de nouveau.  J’accumule énormément d’idées que je vais transposer et réarranger ensuite, essayer de trouver de nouvelles couleurs, de nouvelles tonalités etc. Je travaille avec deux-trois synthés analogiques et une fois que j’ai bien improvisé sur le morceau, je me penche dessus et je commence à réécrire un peu et donner du relief avec les effets, et puis si c’est pertinent j’enregistre une basse par dessus (comme sur Gun Stubs par exemple) ou bien je pose une guitare ou une voix. J’aime bien le côté de la texture du son, travailler le son à proprement parler, c’est un travail perpétuel qui repose surtout sur l’expérimentation.

Parlons un peu de ta rencontre avec le label Initial Cuts et des maxis que tu as sorti dessus…
En fait, à l’époque je travaillais chez Colette, un magasin un peu fashion sur Paris… J’ai travaillé quelque temps là-bas, en continuant toujours la musique à côté. Et en fait, j’étais très ami avec Julien de TTC (Texi Latex), un groupe que je connais bien. Donc j’ai aussi rencontré Para One par la suite, et il m’a proposé d’envoyer mes morceaux à Fabrice de Saint Rémy qui est en fait son cousin et qui tient le label InitalCuts.
Je lui ai simplement envoyé un mail, on s’est rencontré pour que je lui fasse écouter mes tracks, il est venu au studio et il m’a dit «banco, j’adore». Ca s’est fait très rapidement: j’ai pu présenter mes nouveautés sur Nova, et puis Fabrice m‘a appelé en me disant «c’est bon, on prépare les contrats, tu sors ton disque chez nous». Et c’était en fin de compte le «Clean Breakfast», le premier maxi que j’ai sorti chez eux.

Et concrètement, c’est quand que t’as vraiment commencé à produire de la musique électronique ? Parce qu’on a l’impression qu’en Angleterre t’étais plus orienté rock. Est-ce que ca a toujours été dans tes influences, ou est-ce qu’il y a eu un déclic à un moment donné, par rapport à Blackstrobe ou au Pulp par exemple?
En fait c’est venu bien avant Black Strobe. Encore une fois il faut savoir un truc, c’est que moi j’ai adoré le projet Black Strobe, et cette entente qu’il y a eu au sein du groupe elle a existé parce que j’aimais faire les mêmes choses qu’eux. Alors oui y’a la différence d’âge et quelques références différentes, mais on a la même culture si tu veux, donc on a toujours penché vers le même type de production même si évidemment Arnaud produisait depuis beaucoup plus longtemps que moi. Bref, quand je suis venu sur Paris j’ai fait plein de petits groupes, des groupes rock dans lesquels je chantais, je grattais etc… Et au bout d’un moment tu te dis qu’un groupe c’est cool, mais parfois ça marche pas toujours très bien dans le sens où tu veux aller dans une direction et les autres veulent faire autre chose, alors au bout d’un moment tu te dis « bon ben, je vais commencer a réfléchir sur la question d’un ordi, et me pencher un peu là-dessus». Donc je me suis renseigné, j’avais des amis qui étaient plus ou moins dans la production, j’ai été de studio en studio et j’ai fait des espèces de pseudo-stages d’ingé son… C’est comme ça que j’ai appris sur le tas, et au bout d’un moment j’ai acheté un ordi, une carte son, un petit synthé, j’ai installé quelques plugs et j’ai mis les mains dans la merde, comme tout le monde, et je me suis mis à apprendre toutes ces choses là. C’est comme ça que j’ai commencé à tâter un peu le terrain là dedans et j’ai jamais vraiment décroché, ce qui fait que maintenant, je suis pas un virtuose mais je suis un touche-à-tout, et je sais faire exactement ce que j’ai envie de faire si vous voulez. Je suis plus heureux en me disant que je peux programmer autant un beat que jouer éventuellement une petite partie de batterie. Après j’ai un de mes meilleurs amis qui est batteur, qui joue la batterie pour le projet Siskid et qui enregistre vraiment les parties écrites. Mais quand il s’agit de composer un morceau, ça m’a apporté le fait que je peux tout penser et commencer à produire seul.

Et du coup, une question un peu stupide mais combien d’années ça t’a pris pour pouvoir justement arriver à  faire exactement ce que tu veux et obtenir le son que tu veux?
Encore une fois, c’est un travail de longue haleine. Personne n’est épargné, après forcement y’a des gens qui sont plus prédestinés à ça, à savoir qu’ils ont plus de talent, qu’ils comprennent et assimilent plus rapidement on va dire. Mais c’est un travail de tous les jours, et même si t’as beaucoup de talent, si tu travailles pas derrière, ça sert à rien. C’est comme tout, le travail, c’est que ça. On en parlait avec Arnaud qui disait que c’était 99% de travail et 1% de talent, à prendre assez légèrement parce que je connais pas exactement les références mais je crois que c’est a peu près ça. Moi il faut savoir que je suis debout tôt, je suis au studio à 9h30/10h et je pars à 20h le soir, et c’est tous les jours comme ça. Alors non, tu produis pas un morceau par journée, parfois tu travailles sur un type de production, par exemple enregistrer une basse de telle façon, etc… Après au bout d’un moment ça avance plus vite, parce que tu l’as travaillé, tu te dis «ça, ça sonne bien». Donc, moi ça fait 5 ans réellement que je fais de la production avec un ordi, tout seul. Si je peux donner un conseil pour ceux qui se lancent là-dedans, c’est que y’a pas de recette miracle, c’est que du boulot, alors après forcément il faut avoir de bonnes idées… Mais il ne faut pas baisser les bras, y’a des moments où ça va être dur, y’a des moments où vous voudrez maudire le ciel mais il faut garder à l’esprit que c’est pour tout le monde pareil, même les Hawtin ou autres, ils ont tous leurs mauvais moments.

On va pas s’attarder trois heures sur le sujet, mais pour finir sur Black Strobe tu dis que c’était une période de ta carrière dont t’es extrêmement fier, mais au vu des individualités tellement fortes qui composaient ce groupe, et le talent qui s’en dégageait, on peut se demander si vous ne regrettez pas par moments d’avoir splitté?
Oui personnellement ça reste un très grand regret, et là je parle en tant que personne qui a collaboré de près ou de loin au projet. Mon studio était en face du leur, Arnaud reste un très bon ami et même si on se voit moins, on se voit toujours. Mais oui, c’est un fait, nous sommes trois fortes personnalités et comme dans toute relation, comme dans un couple y’a des hauts et des bas et y’a des moments où y’a de la discorde, des moments où on est pas tout à fait d’accord. Mais après j’ai aussi eu envie de suivre ma propre voie, continuer à avancer et faire ce que j’avais envie de faire. Parce qu’il arrive un moment où vous bossez dans un projet qui vous tient à cœur et que vous y croyez, vous y mettez vraiment tout ce que vous avez, et après l’album c’était un peu le moment pour moi de tirer ma révérence et reprendre des projets perso que j’avais mis un peu en standby.

Oui, mais ça reste un peu frustrant quand même, quand on écoute la musique qui sortait de votre collaboration, on peut se dire que le groupe aurait pu aller très loin, surtout quand on voit ce qu’ils font actuellement chacun de leur coté.
Oui, ça l’est. Sachez que je pense vraiment, et encore une fois ça n’engage que moi, que le projet, peut être dans d’autres conditions, autant personnelles que professionnelles, aurait pu aller très loin. Le live d’Arnaud est excellent, le projet It’s A Fine Line est très bon, y’a aucun débat là-dessus. Les deux auraient pu faire de grandes choses ensemble. Mais bon, c’est les aléas de la vie, faut continuer à avancer.

Mais tu penses pas que le projet s’est un peu atténué justement avec l’évolution qui a touché l’ambiance des soirées en France, la population et les clubs qui ont changé depuis?
Non parce que je pense que le groupe aurait évolué avec son temps aussi. Ok, Black Strobe ça fait un moment que c’est fini, mais imaginez si ça aurait continué aujourd’hui et dans de très bonnes conditions, si tout fonctionnait parfaitement, le groupe aurait évolué avec son temps de toute façon. C’était ça aussi la force de Black Strobe pour moi, c’était une assimilation de beaucoup de choses mais qui étaient tellement bien faites surtout à cette époque là que selon les années, le discours aurait juste évolué à chaque fois. La production et les morceaux auraient évolués, pour moi c’est évident. Donc pour conclure, je pense pas que ça se serait adapté à proprement parler, parce que qu’il faut pas se formater par rapport à la demande, mais ça se serait adapté naturellement à une sonorité, une tonalité, etc… Cette évolution s’entend d’ailleurs dans les productions actuelles d’Arnaud.

Pour en revenir un peu à ton actualité, vous avez crée la structure Meant Records avec Remain. L’idée est venue comment?
Alors en fait j’ai rencontré Romain (Remain) pendant la période du Pulp, on avait des amis en commun et il y a directement eu une très bonne entente. Et puis de fil en aiguille il y a des discussions qui s’alimentent de « ah, et si on gérait tout nous-mêmes », « ah, ça serait vraiment cool. Donc à ce moment là on s’est dit pourquoi pas monter notre propre structure, même si c’est kamikaze et suicidaire. On a donc crée Meant Records, avec comme but de faire de la musique avant tout, et pas forcément de monter un label purement techno; le souhait c’était alors de monter une structure indé avec pour but de diffuser autant de l’électronique que du rock, on s’en fout encore une fois des étiquettes, c’est comme ça, on veut sortir de la musique, point. Avec bien sûr une ligne artistique cohérente qu’on a définie entre nous au préalable. Meant est né de ça, même si c’est pas toujours évident…

Justement c’est pas un peu kamikaze comme tu dis, de monter un label dans les conditions actuelles telles qu‘on les connaît (téléchargement illégal, crise de l’industrie du disque) ?
Financièrement c’est un gouffre, faut être honnête, on a rien à cacher là-dessus. Un jour on a croisé Pedro (Winter) chez Disco (Discograph), on parlait de ça justement, et il nous avait dit « non mais au contraire les gars, c’est hyper bien de s’investir dans un projet comme ça dans le sens où on s’en fout, y’a des gens qui ont les couilles de le faire, même si évidemment c’est dur, mais c’est important que certaines personnes se bougent et fassent des trucs comme ça ». Et voilà, à la fin de la journée le crédo est toujours le même : « il faut faire des choses ». Si à chaque fois tu te démotives à te dire que c’est compliqué, au final tu fais rien. Maintenant, ça fait deux ans que le label existe, et on est quand même très fier parce que ça commence doucement à porter ses fruits. Donc si vous voulez, à une petite échelle, c’est quand même hyper grisant et gratifiant de se dire qu’on fait pas ça en vain, qu’il y’a des gens qui nous écoutent et qui voient la démarche, et apparemment cette démarche est assez claire, autant au niveau de l’image que de la musique. Donc moi, franchement, je me répète mais aujourd’hui je suis vraiment fier de tout ça. Et c’est au même titre que vous, vous faites ce que vous faites, pour moi ça se respecte au même point. Parce que vous vous faites chier à promouvoir, à parler, à vous intéresser, à faire partager des choses qui se font, et franchement je trouve ça très louable. C’est important de continuer à se bouger, il le faut.

Pour en revenir à tes projets, t’as sorti un maxi sur Meant avec ton groupe Animal Machine. Tu peux nous en dire un peu plus au sujet de cette collaboration?
Animal Machine c’est un peu mon « projet bébé », c’est-à-dire celui qui me tient le plus à cœur, beaucoup plus orienté rock indé même si paradoxalement c’est quelque chose qui n’est pas du tout sur les rails encore, et qui est moins médiatisé, mais ça vient doucement. Une fois que l’album Siskid sera bouclé et sorti, je vais me consacrer surtout à ce dernier projet pendant quelque temps même si je continuerai mon truc solo à côté. Donc voilà, Animal Machine c’est un projet qui compte beaucoup parce que j’y suis très épanoui et je me sens beaucoup plus libre finalement quand je suis en studio, à chanter par exemple, j’aime bien faire mon Prince de temps en temps et c’est surtout là où j’aime bien faire mon trip mégalo un peu.

Donc c’est une sorte d’exutoire un peu, non ?
Ah oui, un exutoire absolu. Parce que finalement, quand je fais de la musique plus orienté « club », je suis « obligé » de me limiter un certain format quand même, un minimum, tandis que là, c’est vraiment de la pop song, je fais ce que je veux en quelque sorte. Et puis j’aime beaucoup le son de ma voix, oui, je l’assume, donc j’aime bien passer derrière le micro de temps en temps, voilà.

Tu parles d’un album Siskid à venir. Tu peux nous en dire plus ?
Alors évidemment, ça va être électronique, mais il va y avoir beaucoup d’enregistrements acoustiques dedans, des voix également, avec quelques featuring, entre autres Olivia de Lanzac du groupe Quad Throw Salchow qui est signé sur Tummy Touch, et la chanteuse Ali Cat du groupe Ghostcat, un peu les nouveaux Yeah Yeah Yeahs londoniens. Il y aura donc surement ces deux là sur l’album, mais sans jamais tomber dans un format de featuring que j’exècre personnellement ; ça devrait se limiter à ça, après à voir si il y en aura qu’une ou si elles participeront toutes les deux, on verra…

Pour faire la parenthèse, par exemple, t’as pas aimé la démarche du dernier Simian Mobile Disco ?
Si si, attention, si c’est bien fait y’a pas de problème, mais j’aime bien quand ça part pas dans tous les sens non plus… Parce que parfois quand tu collabores avec trop de chanteurs, ça donne trop de couleurs différentes et moi j’aime bien voir une cohérence. C’est pas être sectaire, et c’est un peu nuancé ce que je dis parce qu’encore une fois je dis pas « c’est ou ça, ou ça » mais pour moi, j’aime pas vraiment quand j’ai trop de choses, ça reste plus simple à gérer. A un autre niveau pour illustrer, Louderbach par exemple où c’est un mec qui chante, c’est plus ce genre de collaboration avec un featuring qui me plaît, plutôt que d’avoir façon Crookers des tonnes de featurings. Quelqu’un m’a dit « je viens de recevoir ce truc horrible » qu’est les Crookers, déjà rien qu’à la pochette j’ai failli avoir une syncope, et quand j’ai vu le nombre de titres c’était limite la tachycardie avec toutes les parenthèses pour les feat, ça illustre exactement ce que je voulais vous dire dans le sens où ça c’est vraiment pas possible, mais encore une fois ça n’engage que moi. Mais on ne fait pas la même chose, il en faut pour tout le monde.

Et pour finir sur ton album, tu disais que ce serait plutôt dans quelles tonalités ?
Ben ça va être pop électronique, mais attention quand je dis pop électronique c’est pas non plus « les doigts en l’air, bubble gum » hein, plutôt pop électronique dans le sens dans d’un Depeche Mode avec voix + production électronique et aussi des morceaux plus droits, façon « club ».

On n’a pas encore parlé de ta relation avec Télépopmusik… Il y a eu le remix au début, qui était vraiment très cool…
… Ah bon c’est vrai ? C’est marrant parce qu’au début c’était celui dont j’étais le moins fier… Enfin bon, Télépopmusik, en fait c’est Christophe Hétier de Télépopmusik, avec qui on a des amis communs, on s’est vus en soirée plusieurs fois et puis l’été dernier il me contacte et me dit « est-ce que ça te dirait de faire la production du live ? ». Donc j’ai dit ok, et de fil en aiguille sur ce que j’ai commencé à faire sur le live, la couleur que je donnais à leur live leur a plu et il m’a demandé de faire des morceaux pour l’album, j’en ai fait 4 qu’ils ont beaucoup aimé et donc maintenant il est question que je produise le prochain album de Télépopmusik. Là je dois produire deux autres morceaux en mai, et suite à ça on saura cet été si j’engage vraiment toute la prod de l’album. Ce travail de production est un boulot que j’adore…

Pour en parler un peu, ton EP vient de sortir, dans quel état d’esprit tu étais pour le composer ? C’est la première fois que tu invites une voix non ?
Oui absolument, c’est la première fois que je fais appel à quelqu’un. La personne en question est Olivia de Lanzac. Quand j’avançais sur le morceau je me disais « il manque quelque chose, j’aimerais bien entendre une voix dessus »… Je me suis dit que je pourrais peut-être repousser mes critiques mégalos pour une fois et lui proposer, puisque j’adore sa voix, et donc ça s’est fait : je lui ai envoyé les morceaux, elle a adoré, elle a enregistré sa voix et j’ai retravaillé le tout. Pour l’instant les retours sont dithyrambiques, j’ai l’impression en tout cas que ça touche encore un peu plus les gens donc j’espère que ça va un peu plus poser les choses encore. Peut-être que les éléments vont plus coïncider et qu’il y aura un peu plus d’intérêt, je sais pas…

On espère pour toi en tout cas ! Et sinon qu’est-ce que tu peux nous dire sur le futur de Meant ? Les nouvelles sorties, ce que vous avez prévu…
Le futur de Meant… On a un planning jusqu’à la fin de l’année, je dévoile pas trop pour l’instant mais on est dans une super dynamique en ce moment. Quand t’as de bons retours et tout ça, ça te booste. Imagine si tu fais quelque chose et qu’il n’y a pas de demande, c’est pas très motivant, pas très inspirant… Alors que là comme c’est pas le cas on est beaucoup plus actifs quoi, on a un super état d’esprit… L’équipe a toujours été très soudée de toute façon, on est très proches tous les trois (Remain, Fred qui est un très très bon ami à nous et qui gère plus la partie juridique de la chose mais qui est essentiel dans notre union, et moi). Donc Meant, on peut en attendre des projets de plus en plus ambitieux et artistiques… Mais ça ça va prendre du temps, même si moi je suis un éternel impatient, j’emmerde la patience, mais j’apprends, je me soigne.

On a quand même vu que le Remote (précédente sortie sur Meant) était plus dark que ce qu’on avait pu entendre auparavant. On peut s’attendre à ce genre de sons, plus techno, dans le futur de Meant ?
Je suis d’accord, et pour vous expliquer Eric (moitié de Remote) est un très vieux pote, et c’est quelqu’un pour moi qui a un énorme talent, parfois sous-estimé…S’il y a bien pour moi un duo de la scène électronique qui aujourd’hui fait de la musique de qualité, sans compromis, qui fait pour moi bombe sur bombe et qui subit une injustice claire, c’est bien Remote. Même si j’ai l’impression, je touche du bois, que c’est en train de prendre un peu plus. En tout cas après le K/ EP ils devraient sortir quelque chose d’autre chez nous, et notre envie c’est de les chouchouter… Tout ça pour dire que Remote c’est de la techno ok, mais pour moi y’a toujours eu ce côté inde dans leur musique, y’a toujours eu ce twist qui fait que c’est pas juste de la techno…

Sur ce, on va te laisser. Merci de nous avoir accordé un peu de ton temps, et bonne continuation a toi.
Merci, vous aussi.

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Gun Stubs est officiellement disponible sur les différentes plateformes de téléchargement légales, avec entre autres deux originaux (The Lord With Practice, Gun Stubs) et deux remixes signés The Glimmers et Rebolledo. A découvrir sur Beatport, Juno ou encore sur l’iTunes Store.

Et pour les curieux, sachez que Siskid se produira ce soir au Supermarket Club de Lille pour la release party de son maxi aux cotés de Modern Thom et Alex & Annie. Be there!

a

Un grand merci à Remain et bien évidemment à Siskid lui-même.

2 Comments
  1. orivaa says:

    Très sympa l’interview !
    Seul point négatif: je l’ai trouvée un peu trop longue à mon goût…

  2. Nuit de l’Electro @ Grand Palais - Trace A Line says:

    [...] le très sympathique Siskid, qu’on avait déjà rencontré, souvenez-vous, c’était là. Siskid donc, et ses indénombrables projets. Papa d’un label plus que prometteur, et [...]

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