Interview | Remote

Tout n’a pas été parfait en ce week end de début avril à Paris. Pas vraiment, non. Il y a d’abord eu le désastre de la soirée de l’EPITA, mais on va éviter de revenir dessus, ça serait presque indécent à leur égard. Mais aussi et surtout il y a eu Remote qu’on a rencontré le lendemain, autour d’une table et d’une bière pour une entrevue sur le travail de cette doublette dont on sait finalement peu de choses. Tout était réuni pour que l’échange soit constructif et passionnant, mais le fait est que nous n’étions en fin de compte pas vraiment préparés, pour être tout à fait honnête. S’auto-critiquer dans un article sur un blog musical, ça a son côté un peu paradoxal, mais parfois il faut savoir rester objectif (pour progresser et s’améliorer ?). Je m’excuse donc auprès de Remote pour ça et pour le temps que j’ai mis à poster enfin cette interview, qui reste tout de même intéressante à lire pour tout connaisseur qui se respecte. Mon mea culpa se termine là dessus, voilà ce qui est ressorti de notre rencontre avec ce groupe énigmatique, à l’opposé de tous les clichés poursuivant la musique electro techno actuelle, et qui mériterait indéniablement de côtoyer les plus grands. Et je pense qu’on peut affirmer avec pas mal de certitude qu’ils n’en sont pas très loin.

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Une petite présentation en deux mots ?
On s’est rencontrés en 2003 sur le projet Henry Goes Dirty, on travaillait ensemble, et après vu que ça a splitté, on a décidé de continuer tout les deux sur un autre projet, et voilà où nous en sommes. Remote.

Le projet Henry Goes Dirty donc, avec James Unk c’est ça?
Non non, c’est ce qu’il y a marqué sur Discogs, James Unk a fait un remix mais il n’a jamais fait partie du groupe. A la base il y avait nous deux, un chanteur et un guitariste qui sont partis plus tard.
Mais par contre, pour la petite histoire, le nom Henry Goes Dirty, c’est James Unk qui l’a trouvé. Il faut savoir qu’Henry Goes Dirty ça continue encore aujourd‘hui, on sort pas de disques mais c’est un projet qui est toujours un peu d’actualité.  Après, on a jamais vraiment tourné avec ce groupe, on a fait un concert en tout et pour tout. C’est surtout un truc qui nous sert d’exutoire, y’a eu un projet d’album qui était prévu chez Barclays mais ça a finalement avorté, puis on a essayé de relancer le truc dans un studio juste à coté, avec un pote. On a bossé environ deux ans, on a fait pas mal de maquettes, mais pareil, ça a splitté avec l’autre mec, le studio a été vendu… Donc au final, y’a pas d’aboutissement concret, mais ça fait presque partie de notre quotidien, et on garde ce projet en tête quand même, au delà de Remote.

Ce premier projet était plus tourné rock, voire electro rock. On peut penser que vos influences venaient de ce milieu, non ?
Oui, nous on est issus du rock à la base. Personnellement, je suis né en 74 (Eric), et quand la techno est arrivée, j’avais vingt piges… Donc j’ai toujours baigné dans le rock, dans l’acoustique ; la musique synthétique c’est venu beaucoup plus tard. Au début je commençais systématiquement mes morceaux avec une basse, un pote qui jouait de la batterie.

Du coup, après il y a eu la rencontre avec Jennifer Cardini, vous pouvez nous en parler un peu ?
En fait, le directeur artistique de Barclays, chez qui on avait signé à l’époque, nous a proposé de faire un featuring avec Jennifer. Elle était proche de Blackstrobe, donc elle avait un peu la cote. Il nous avait donné l’idée de faire une reprise de Lio, son morceau « Amoureux solitaires ». Sauf que la version qu’on a faite, elle était trop barrée et trop pointue pour le label. Du coup Jennifer l’a proposé à Kill the DJ, et on a profité de cette sortie pour poser notre premier track sous le nom de Remote, avec le remix qui est sorti sur le maxi. Tout ça a amorcé la suite que vous connaissez, les EPs et l’album…

J’imagine que vous avez connu toute la période rave. Ca fait partie des choses qui vous ont poussé à faire de l’electro, non ?
Oui, complètement. 1994, première soirée. Comme on était déjà dans la musique, ça nous a bouleversé, le mode de fonctionnement, les machines, le fait de pouvoir faire de la musique tout seul sans avoir besoin de quatre gars pour composer un morceau, etc… tout ça nous a intéressé, et on s’est rapidement mis dedans ouais. J’avais un pote qui enregistrait sur cassette des mixes qui passaient sur FG, c’était la première radio qui diffusait de la techno ; le soir y’avait de la trance-goa psychédélique, du hardcore. C’était le début de la musique club et des raves, et nous on s’amusait à mixer avec les cassettes qu’on avait récupéré.

C’était mieux avant, comme on dit souvent ?
Oui mais bon, c’est le destin de toute chose, ça évolue, c’est normal. Ce qu’il y a c’est qu’aujourd’hui c’est beaucoup plus encadré. D’un côté, les capacités de production sont devenues plus grandes, on trouve aujourd’hui des sons bien plus intéressants qu’avant, mais par contre l’esprit de la fête et ce que ça représentait pour les jeunes y’a dix quinze ans c’était quand même autre chose, un truc complètement nouveau. Enfin pas si nouveau que ça si tu regardes bien, parce que y’a eu la période des années 70/80, avec des gars comme Moroder ou Kraftwerk, et tout ce qui touchait à la disco, l’italo, ce genre de choses. Nous on a surtout connu les premières raves, et la musique qui allait avec. C’était mystique.

Pour en revenir un peu à votre actualité, vous venez de sortir un nouveau maxi sur Meant. Ca s’est passé comment ?
On connait Siskid depuis assez longtemps, 2003 ou quelque chose comme ça, c’est un vieux pote. Il vient de monter son label avec Remain, nous on avait des tracks, ça leur a plu, donc ça s’est fait assez naturellement en fait. En plus ça faisait longtemps qu’on avait pas sorti de disque, et au final ça a rendu un truc plutôt cool, je pense que c’est une bonne expérience pour nous de travailler avec des petits labels, qui sont chauds et qui sont prêts à s’investir à fond dans le projet. Ca nous a vraiment apporté quelque chose.

En parlant de petits labels, on a pas encore mentionné le maxi qui a précédé cette sortie. Flash of Genius sur le label russe Lichen Records, qui est sorti en fin d’année dernière ; pourquoi ce choix artistique ?
On avait fait quelques dates au Propaganda, à Moscou, un bon club plutôt sympa, et on a bien parlé avec le manager qui avait son propre label mais qui tournait pas depuis deux ans, il faisait plus rien. Et voilà, il a kiffé notre live, on a discuté et de fil en aiguille on a décidé de sortir le maxi chez lui. C’était une bonne opportunité, il a bien bossé, il avait un bon réseau artistique, donc ça a plutôt bien marché, on est content. Au final, ce petit label russe nous a ouvert des portes et nous a mis en confiance, ça nous a apporté plus de choses que ce qu’on a pu faire auparavant. Les retours sont très bons, la com a été bien gérée ; d’ailleurs, y’a beaucoup de monde qui le joue en club, le Dior ou le Sam par exemple. Meme le Khort, on a eu des feedbacks de malade dessus, c’est plutôt cool.

On a lu le dossier de presse, effectivement, les retours sont très flatteurs. On sent quand même que vous commencez à franchir un palier, non ?
Non, le terme est pas très adéquat je trouve. C’est pas vraiment un autre échelon, c’est la continuité de notre travail, de tout ce qu’on a pu faire avant. L’histoire de ces maxis, le Lichen et le Meant, c’est que c’était du live à la base. En fait, un jour on a été booké à une soirée Dimuschi, donc à partir de là, si tu connais un peu le délire de cet event, tu peux t’imaginer qu’on était pas vraiment ajusté pour ce genre de trucs. T’as écouté notre album, ça se ressent aussi dans nos maxis, on fait pas de la minimale calibrée à 128, c’est pas notre style. On a une musique qui est un peu écartée du système en quelque sorte, entre le hip hop et l’electro, pas du tout un format techno. Donc, quand Dimuschi nous ont proposé de jouer à une soirée avec Okain et toute la bande, on était en plein milieu du line up, et on s’est dit qu’on pouvait pas jouer ce genre de sons à 2h du mat surtout avant Paul Ritch, c’est pas possible. On a décidé de se mettre à bosser, surtout que les mecs de Dimuschi sont de très bons potes à nous, et que ça nous tenait à cœur de faire un truc abouti, qui se colle à l’ambiance de la soirée. A la sortie y’a eu ces huit tracks qui composent les deux maxis, donc voilà, ça a été des trucs faits spécialement pour l’occasion, façon techno à 126 bpm.

Donc ça a été une approche assez instinctive en fin de compte ?
Ouais, complètement. C’est-à-dire qu’on s’est dit pour une fois qu’on allait arrêter de partir systématiquement dans notre délire barré, et faire un truc plus recadré, formaté techno. Mais justement, c’est pas comme si y’avait une sorte d’évolution, qu’on était frustré de quelque chose et qu’on voulait changer de style, etc… On a juste décidé de faire ça, on a fait ça, la prochaine on fera peut être pas la même.

Si je comprends bien, vous ne considérez pas Dark Enough et vos autres maxis comme des releases « techno » ?
Non, pas vraiment. Ce qu’il y a, c’est que sur l’album on retrouve quand même un côté plus barré, un peu excentrique. Au niveau des tempos ça bouge vachement, c’est plus éclaté dans l’ensemble. Alors oui, y’a quelques tracks un peu dancefloors, le Hardstick, Veron, Sinister Boogie par exemple, et globalement la moitié de l’album est formatée maxi, mais sinon l’autre phase est plus lente, et y’a une facette beaucoup plus décalée. Nous, on a l’impression que ces deux derniers Eps sont plus axés vers le dancefloor que tout ce qu’on a pu faire avant. Mais c’est juste une question de format, c’est pas la même musique réellement.

On a cru comprendre que la prochaine release sortira sur Fondation. On doit s’attendre à quoi ?
Ouais, le prochain sur Fondation… Ca sera différent, il y a un track qui est issu du live, donc qui sera clairement dans le même délire musical que les deux maxis qui viennent de sortir (c’est le morceau qu’on peut entendre sur la vidéo de la soirée), et puis y’aura deux tracks qui auront une esthétique complètement différente, plus lent et plus disco.

Et sur le long terme, vos projets ?
Hum… Peut être un futur album, on sait pas trop quand, on a quelques tracks qui sont prêts mais c’est encore un peu flou. Mais pour l’instant on a pas mal de propositions de labels étrangers pour sortir des maxis plus dans le délire de ce qu’on a fait récemment, donc on va bosser là dessus, et parallèlement à ça, continuer de réfléchir sur le prochain long format.

Très bien. Merci beaucoup à vous, bonne continuation.
Merci, vous aussi.

a

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Remote – K/ EP toujours disponible sur Beatport, Juno et iTunes

Merci à Eric et Sebastien de Remote, bien évidemment.

7 Comments
  1. C-zral says:

    Pour info, le duo sera présent le 05 juin au Level Club à Quimper en Bretagne dans le sud Finistère. Leur 1ère date dans l’ouest.

    Voici le lien de l’événement sur Facebook :

    http://fr-fr.facebook.com/event.php?eid=130907763586137&ref=ts

  2. mokobédu113 says:

    Palefreniers.

  3. walkmAn says:

    http://vimeo.com/7249896
    C’est de cette vidéo là dont ils parlent pour la sortie Fondation?

  4. Spud says:

    Oui, c’est bien celle là ;)

  5. Francis says:

    remote, c’est un mystère. je comprends tjs pas le manque de reconnaissance qu’on leur attribue…

  6. RemoveG says:

    L’underground qui se respecte aussi.

  7. Lyddy says:

    Stay with this guys, you’re hlepnig a lot of people.

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