Interview | Clément Meyer

Deuxième interview sur ce site, et pas des moindres, puisque ce soir on s’est attaqué à Clément Meyer. Touche à tout, à la fois blogger respecté pour son travail sur la référence Get The Curse, DJ reconnu dans les plus grands clubs européens, et plus récemment, producteur supporté par les grands noms du milieu. Clément Meyer a donc tout pour lui, et enchaîne les réussites depuis trois ans avec ses potes de GTC. Entretien avec lui via Skype, une heure durant, deux mois avant la première sortie de son label Get The Curse Music. On a essayé de retranscrire le plus fidèlement la conversation qu’on a pu avoir avec lui, voilà le résultat :

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Bonsoir Clément, tu peux te présenter un peu?
Je suis Clément Meyer. Je mixe en soirées depuis 4 ans environ et j’écoute de la musique électronique depuis pas mal de temps maintenant. J’ai commencé à mixer un peu partout, Flèche d’Or, au Casino… En 2007 j’ai fondé Get The Curse avec quelques potes et à partir de là on a monté toute une série de soirées, on a commencé à avoir notre résidence au Social Club. J’ai rencontré Danton par la suite pour le rejoindre sur Fondation… Qu’est ce que je pourrais dire de plus ?.. Depuis début 2009 j’ai commencé à faire pas mal de prods, du coup, pas mal de choses de prévues. Et on s’apprête à lancer notre propre label Get The Curse Music avec des potes qui gravitaient déjà autour du site…

Tu parles de Fondation, quel est ton rôle au sein de ce label ?
En fait, le label existe depuis fin 2007, fondé par Danton Eeprom. On s’est rencontré début 2008 et on a sympathisé vu qu’on avait pas mal de points communs musicaux. Moi j’avais déjà en tête de créer un label et il m’a proposé de participer à Fondation donc j’ai accepté direct ! Donc en gros, mon rôle dans Fondation c’est tout ce qui touche à la promo, la direction artistique : on écoute des choses, on partage nos idées…

Et en tant que producteur, on peut attendre une sortie de Clément Meyer sur Fondation ?
.. Ca pourrait. Mais en fait, pour l’instant j’ai eu pas mal de choses différentes qui ont été terminées et je les ai envoyées à différents labels, avec de bons retours de mecs comme Ivan Smagghe, ou Andrew Weatherall, tu vois, un peu ce genre de délire musical… Chloé aussi, qui me suit depuis pas mal de temps, c’était elle la première à m’avoir supporté et à avoir joué « Slow Deep & Hard » en janvier dernier au Rex par exemple, j’étais super content. Je les connaissais déjà un petit peu tous ces mecs là, et en voyant qu’ils jouaient ce que je faisais régulièrement je leur ai proposé aussi assez rapidement de signer quelques morceaux. Donc j’ai un maxi de prévu en avril prochain sur Kill The DJ sûrement, je signe aussi deux morceaux sur mon label, et un morceau un peu plus techno « Spasmo » qui a été joué par Brodinski sur Electron Libre récemment, et qui va sortir fin janvier sur Rekluse, le label de Fergie, et là je bosse sur quelques remixes, mais c’est un peu trop tôt pour en parler… Donc pour en revenir à Fondation, ça pourrait se faire à l’avenir, même si Fondation c’est un peu plus sombre et minimaliste que ce que moi je peux faire, même si j’ai pas l’impression de faire quelque chose de super bourrin…

Et tu parlais des sorties sur le label Get The Curse. Pour l’instant on sait que Olibusta, Darabi et toi ont des sorties de prévues, et vous comptez signer d’autres artistes, un peu plus « extérieurs » au blog ou c’est pas prévu ?
Y’a un duo qu’on adore et qu’on va sûrement signer, Photonz. C’est vraiment bien ce qu’ils font, un peu disco mais très bizarre, leurs morceaux sont un peu vrillés, enfin je trouve ça vraiment pas mal. Sinon, pour le moment on cherche à construire un label avec de nouveaux artistes, à les faire remixer par des plus gros noms pour donner de l’attrait au truc, mais le but est de lancer une machine avec des nouveaux artistes et de faire connaître un peu le label. Donc effectivement il y a Darabi, Olibusta, Le Loup, moi… On a un planning de sorties qui est déjà plutôt rempli, et on essaie de monter un label de crew, plutôt qu’un label avec que des mecs qu’on aime bien, ce qui aurait moins de sens. La première sortie étant prévue le 16 février, deux morceaux à moi « Bucket Of Blood » et « Midnight Madness », avec deux remixes de Sian et de Olibusta.

Toujours à propos de Get The Curse, ça va faire 3 ans que vous avez créé le blog… Des bons moments, des moins bons ?
L’expérience GTC c’est plutôt que du positif hein, à la base le blog c’était un petit truc qui nous a permis de nous faire connaître, et de nous ouvrir les portes vers beaucoup de choses. Tu vois, on a directement enchaîné sur l’organisation de soirées par exemple… Nous on voyait le blog comme une carte de visite par rapport à pas mal d’autres choses qu’on voulait faire, et ça nous a permis de rencontrer des gens et de nous faire une petite crédibilité dans le milieu et au final ça a été assez rapide puisqu’en quelques mois on parlait de nous dans Trax ou Tsugi. Puis en plus les blogs à l’époque, et même aujourd’hui, étaient presque tous axés French Touch 2.0 et compagnie et donc nous on parlait pas du tout de ça, et ça nous a apporté une certaine originalité par rapport à tous ces sites qui se ressemblaient… Donc même après 3 ans, le blog ça reste pour nous un moyen d’expression qu’on apprécie beaucoup, ça reste spontané et ça nous permet de parler de nos coups de cœur. Les podcasts, quand on a lancé l’idée, il n’y en avait pas encore en France, et ensuite Tsugi a un peu suivi l’idée par exemple. On a lancé deux ou trois idées et du coup je pense que ça a intéressé pas mal de gens.
Là au moment du lancement du label c’est un petit peu une autre étape qui se prépare pour le blog, puisque le site va se transformer pour devenir un site de label à part entière, et le blog sera donc une catégorie du site, qui sera plus développée que la moyenne, parce qu’on a envie de garder cette interaction, ce truc un peu hybride où on peut continuer à parler de ce qu’on aime, tout en faisant du site le relai de notre activité en tant que label.
Au niveau des soirées qu’on a organisé, que du positif également. Nous on adore mixer de toute façon, on a toujours voulu proposer des soirées… Les premières qu’on a faites, c’était au Tryptique (qui est devenu le Social Club depuis) et à la Flèche d’Or, deux lieux qu’on aimait vraiment beaucoup. Et du coup, quand le Social a ouvert, on a chopé le bon wagon pour faire des soirées là-bas. Le club est un petit peu plus électro que ce qu’on fait, nous on est un peu la variante minimale du truc et ça nous permet d’avoir une certaine originalité dans la programmation du Social Club, et en même temps de proposer des choses qu’on voyait pas forcément ni au Rex Club, ni ailleurs : il y a pas mal d’artistes qu’on voulait faire venir sur Paris mais qui n’avaient pas réellement de visibilité ici, je pense à Seth Troxler quand on l’a fait venir, Quarion à un moment donné, Matt Tolfrey, Maetrik dernièrement, enfin plein de monde quoi…

Tu es résident au T Bar aussi à Londres, ainsi que programmateur également ?
Pour le T Bar je m’en occupe avec Danton aussi oui. Ce club est un endroit un peu mythique sur Londres, ça ferme à 4h et les gens arrivent vers 22h, y’a un gros sound system, des gros DJs qui viennent jouer (Jamie Jones, Damian Lazarus et Michael Mayer par exemple). Et en fait les soirées Baise Main sont des soirées qui sont reliées à Fondation, donc c’est un peu la même logique, on invite un mec un peu underground dont on aime le profil et ça fait une bonne soirée sur Londres. Mais c’est un endroit que j’aime beaucoup.

Sinon, ça fait longtemps que tu produis réellement ?
Ca fait environ un an que je m’y suis mis sérieusement, avant je tripotais un peu les logiciels sans jamais terminer mes morceaux. En fait le premier morceau que j’ai terminé c’est « Slow Deep & Hard » justement. Et après j’ai pas mal bossé cette année pour faire ce dont j’avais envie. Les feedbacks m’ont en plus motivé pour poursuivre dans cette voie, et maintenant j’en fais intensément avec toutes ces propositions de maxis et de remixes, une sorte de « buzz » qui s’installe, ou plutôt de l’intérêt de la part des labels et tout, donc je fonce…

C’est vrai que tout arrive en même temps en ce moment…
Oui c’est vrai que de janvier jusqu’en mai à peu près il va y avoir pas mal de trucs à droite à gauche, même si tu regardes sur mon myspace y’a pas mal de sorties de prévues… Mais c’est toujours comme ça aussi : quand tu fais de la musique, tu fais ton truc dans ton coin, et quand tu te sens prêt tu commences à balancer à droite à gauche, et si c’est des trucs de bonne qualité, bien travaillées, tu peux te faire signer une dizaine de morceaux en même temps si ils sont tous bons. Comme j’avais pas mal de trucs qui étaient prêts, j’ai tout donné et c’est vrai que ça va être assez chargé…

Et justement, avec toutes tes sorties, tu penses à passer au live plutôt qu’au DJ set ?
Aah, c’est une bonne question, je me la posais justement. En fait c’est pas que j’aimerais passer au live, pas dans le sens où je suis DJ par défaut et que mon rêve serait de faire des lives, mais par contre j’aimerais bien à terme faire du live pour faire quelque chose de différent que de mixer, tester de nouvelles sensations… Ca me plairait bien oui, c’est quelque chose auquel je pense pour l’année prochaine, sans me fixer d’échéance proche, mais j’aimerais bien d’ici 8 mois proposer ça. Ou alterner entre les deux entre tous cas, parce que je ne pourrais me contenter ni de l’un ni de l’autre.

Et le mix, tu t’y es mis y’a longtemps ?
Ca va faire 7 ou 8 ans environ, je mixais sur mon ordinateur au début. Et il y a 4 ans j’ai acheté des platines vinyles, et c’est plutôt à partir de là que je peux dire que j’ai commencé à vraiment mixer. J’ai commencé à jouer dans des bars dans la foulée, et quand t’aimes un truc, les choses s’enchainent : j’ai joué dans de plus en plus de soirées, j’ai voulu en organiser et… voilà quoi.

Quelles sont tes principales influences au niveau de la production ?
En fait moi j’ai commencé à sortir au Pulp, le club de Smagghe, Chloé, Cardini et tout donc ça a eu une grosse influence sur moi. A un moment donné où Black Strobe ont fait plein de remixes aussi, et ils étaient vraiment tous super bons, à l’époque où Black Strobe était constitué de Rebotini et Smagghe, y’avait une bonne symbiose entre les deux. J’aime bien si tu veux trouver un juste milieu entre ce qu’on peut qualifier de « électro / électro house » et ce qui va être minimal, et du coup j’aime bien des choses comme Marc Houle, dancefloor et minimal à la fois. J’aimais beaucoup les sets de Tiga il y a 7 ou 8 ans aussi. En fait j’aime bien quand il y a un côté dark dans les prods sans être non plus trop pompeux. Encore une fois, faut trouver un juste milieu entre tout ça. En général ce que je produis, c’est ce que moi j’aimerais jouer en tant que DJ. Surtout qu’en 2009 on a eu droit à une vague très moyenne de deep house, la tendance générale était assez chiante, tout le monde faisait la même chose. Sinon dans mes influences j’aime beaucoup ce que fait Maetrik, ou Danton aussi, c’est super bien, il arrive à trouver un style tout en tension…

T’as été aidé pour la prod par des amis ou tu fais tout toi-même ?
On discute avec des potes DJs, mais c’est pas vraiment de l’aide. On parle plus de choses très précises sur des éléments d’un morceau, mais personne n’était derrière moi quand j’ai fait mes morceaux non…

Tu disais que l’année 2009 n’avait pas été extra, mais t’as quand même eu des coups de cœur cette année ?
Oui oui, bien sûr, dans ce que j’ai aimé, Maetrik encore une fois, Sian que j’aime beaucoup. En fait nos coups de cœur c’est souvent les mecs qu’on fait jouer dans nos soirées si tu regardes… J’ai bien aimé aussi des mecs comme Jamie Jones, Lee Foss, Alexis Delano, Chris Liebing, et un mec qui est un peu mon idole : Mikael Stavöstrand… Non, y’a toujours plein de trucs qui sont biens. L’album de Louderbach sur Minus je l’ai trouvé vraiment pas mal aussi… Beaucoup de trucs finalement.

Tu composes sur ton ordi exclusivement ou t’as des hardwares aussi ?
Non je fais tout avec les logiciels. Après y’a plusieurs écoles, des mecs qui te diront que c’est pas possible d’avoir un gros son sans le faire avec des machines. Franchement moi je connais plein de mecs qui se passent de hardware et qui s’en sortent pas plus mal. Ca dépend vraiment des gens en fait, du feeling que t’as et de ton approche de la composition…

Tu parlais tout à l’heure de la french touch 2.0, t’arrives à trouver des choses qui te plaisent dans ce mouvement, par exemple Para One ou autres ?
Si on prend l’exemple de Para One, c’est pas la musique que j’écoute, mais c’est quand même un mec qui a un certain talent, ou Justice aussi, il faut le reconnaître leur talent pour la composition et le lancement de ce mouvement. Mais la french touch 2.0, y’a des trucs qui peuvent être biens, mais y’a aussi le fond du panier, je vais pas citer de nom mais il y a tellement de mecs qui sont affiliés à des blogs et qui font des remixes et des trucs vraiment pas aboutis. A un moment donné il faut se laisser le temps de faire quelque chose d’intéressant, et c’est un peu ça le problème de ce mouvement je pense, beaucoup de choses qui sont pas réfléchies… En plus c’est un style de musique qui est quand même basé principalement sur la turbine et ça manque de subtilité, c’est le gros problème, ça sonne beaucoup trop cheap en général… Après, chacun son délire, tant que chacun peut s’exprimer et que ça plait à certaines personnes, tant mieux…

Le mot de la fin ?
Le mot de la fin ça va être de venir à la release party du label le 23 janvier au Social Club avec Konrad Black, Olibusta, Sian et moi. Ce sera sympa, pour fêter le lancement du label et j’espère que ça fonctionnera bien en tout cas. Peut-être qu’on aura l’occasion d’en rediscuter en soirée ou à une prochaine occasion…

Merci beaucoup Clément…

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Clement Meyer – Slow, Deep & Hard

Pour acheter l’EP, allez faire un tour ici.

14 Comments
  1. Arno says:

    Sympa l’interview !
    Je vois qu’il parle du talentueux Mikael Stavöstrand alors si vous voulez checker son dernier live réalisé à Denver, il est sur notre podcast : http://itunes.apple.com/WebObjects/MZStore.woa/wa/viewPodcast?id=306329282 ;)

  2. abadidabou says:

    cool l’interview!!!!!!
    FAUT VENIR LE 23 JANVIER
    <3 CLEMENT MEYERE
    <3 GET THE CURSE

  3. walkmAn says:

    Ahah, on sera là oui :D

  4. laroquette says:

    ça nous annonce que du bon tout ça !
    c’est pas pour faire de la lèche, mais c’est bien mérité et le set dévastateur d’après Smagghe récemment au social restera dans mon top 5 de l’année 2009 (en club), et je suis pas le seul à le penser.
    bravo Mr. Meyere, continue :)

  5. Squeezy says:

    Super, pour une fois vous ne parlez pas d’Eeprom.

    Ah si.

    Bien sur je serai là le 23 janvier !

  6. Spud says:

    Va reviser pour louper une deuxieme fois ta P1 toi connard

  7. guilesp says:

    Pouah, excellente interview.
    Je me ferais bien cette release party si la distance n’était pas si grande. Ils gèrent chez GTC.

  8. orivaa says:

    J’approuve, super interview !
    Si seulement ils la faisaient en Suisse cette release party…

  9. Spud says:

    Trouve des promoteurs et j’suis sur qu’ils viendront :)
    Enfin peut être

  10. Saint-james says:

    Une interview de qualité pour un artiste très prometteur.

    Bon faut que j’arrête mais là Trace a Line vous nous tuez, vos sélections d’artistes sont tellement bonnes…
    VOUS ETES LE BLOG MINIMAL ! Ce que nous attendions tous !

  11. walkmAn says:

    Je crois que je peux parler pour tous les rédacteurs en disant que ce genre de commentaire fait vraiment plaisir, et ça donne envie de continuer ! Merci beaucoup.

  12. frankal says:

    Quand je l’ai connu, il y a longtemps, il s’appelait Meyère. Vous auriez dû lui demander pourquoi il a abandonné un nom peu courant pour prendre le nom de tout le monde !

  13. Spud says:

    Nom mais je pense (et j’en suis presque sur) que son vrai nom est Clément Meyere, il a juste viré le « e » pour son nom de scene.

  14. jonnybegoude says:

    quote « VOUS ETES LE BLOG MINIMAL ! Ce que nous attendions tous ! »

    sinon il y a aussi le sus nommé get the curse qui sévit plutôt pas mal depuis quelques années ;)

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